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Chambéry : acidulés et originaux, les bonbons de Laurence Jenkell intriguent et divisent

Par Laura Campisano • Publié le 09/08/19

Installée dans la cité des Ducs, le 10 juillet dernier, l’exposition « Candy » de Laurence Jenkell avait été imaginée comme mettant de la vie et des couleurs dans les rues de Chambéry. Des bonbons, de toutes les couleurs et de toutes les tailles, parmi lesquels un cadeau de l’artiste à la commune, portant les armoiries, ont été posés suivant un parcours précis. Mais le travail de cette artiste mondialement connue n’a pas été du goût de tous les chambériens…jusqu’à faire naître une vraie polémique.



Des mois de travail pour préparer cette exposition qui, de l’avis de ses organisateurs, devait permettre de faire rayonner Chambéry dans le monde, vu la notoriété de son artiste, Laurence Jenkell, invitée par la commune à l’initiative de Cathy Légiot, conseillère municipale à Chambéry. « Après l’exposition des œuvres de Livio Benedetti, il y a deux ans, le maire nous a dit que ce serait bien de renouveler l’expérience cette année. Mon idée était de faire venir une autre artiste, dans un style totalement différent de celui de Livio, dont l’empreinte locale était très forte », explique l’élue, « je ne voulais pas qu’on puisse comparer leurs travaux et surtout, j’avais très envie que la ville de Chambéry prenne une nouvelle dimension, s’ouvre à de nouveaux arts, qu’elle soit connue dans le monde », conclut-elle. 

Une expo biennale, avec un budget spécifique

Il y a deux ans donc, la ville de Chambéry avait organisé l’exposition des œuvres de l’artiste savoyard Livio Benedetti, actuellement visible à Aix-les-Bains. Le budget était certes différent pour le transport, puisque les œuvres étaient prêtées par « l’Association des amis de Livio » à Saint-Badolph, que des services de la ville ont pu gérer sur un plan logistique. Mais le budget communication lui, était le même que pour celui de l’expo Jenkell : 10 000 euros. C’est le transport des œuvres d’art, qui a lui seul représente 60% du coût d’une expo. Et dans le cas des bonbons de Laurence Jenkell, il s’agit uniquement du transport, rien d’autre n’a été payé par la commune, sur ce budget spécifique dédié aux événements. « Le transport des œuvres depuis Vallauris a coûté 40 000 euros, donc 48 000 TTC, et c’est tout ce que la commune a réglé à l’artiste, qui par ailleurs nous a fait cadeau d’une sculpture, qui fera l’objet d’une délibération du conseil municipal, pour acter que Chambéry en est bien propriétaire. Cette somme provient du budget prévu pour la culture et le rayonnement, dans les frais de fonctionnement » , détaille Cathy Légiot. « Le coût du transport des œuvres d’art est exorbitant en temps normal. Là, vu la taille de la ville et l’investissement que nous coûte en général ce genre d’organisation, on peut considérer et nous le comprenons, que ce soit une somme, et aussi, considérer que c’est un investissement nécessaire pour l’attractivité de la ville », tempère-t-elle. Car les critiques, parfois virulentes, à l’égard de cette exposition, portaient principalement sur la question financière.  La question « 50 000 euros pour ça ? Avec nos sous ? » est revenue plus d’une fois sous les publications du site de la ville, y compris dans les réactions d’internautes chambériens à la question que nous avions posé sur nos réseaux sociaux. « Que l’art divise, ça ne me surprend pas », philosophe l’agent de Laurence Jenkell, « on est tout à fait libre d’aimer ou non le travail de Laurence, et elle le comprend tout à fait. En revanche, il apparaît clairement qu’il s’agisse plutôt d’un problème politique, qui n’a en fait rien à voir avec l’exposition elle-même, et nous ne rentrerons pas du tout dans ces polémiques », a-t-il ajouté. 

Des avis divisés sur la question, parmi les chambériens et les touristes

On lit donc des avis plutôt partagés sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, attaques en règle de la mairie, du choix de la municipalité, des coupes budgétaires pour les associations jusqu’à des attaques directes sur l’artiste elle-même. Sur Instagram, les avis sont bien plus enthousiastes.

A l’Office du tourisme, on s’étonne de ces réactions, quand les retours sont plutôt positifs sur un plan touristique. « Nous n’avons pas eu un seul retour négatif à l’Office. On a des gens qui se prennent en photo avec les bonbons en utilisant les hashtags Chambéry, ça met des couleurs dans la ville, c’est ludique, c’est plutôt sympa », nous a-t-on confié. L’attrait touristique se compte aussi en clients, selon l’agent de Laurence Jenkell « Nous avons des clients qui sont venus de Suisse et du Royaume-Uni à Chambéry », précise-t-il, « on est content d’être ici, on sait ce qu’on fait, on sait où on va, et nous pensons aussi que le maire a très bien fait d’organiser cette exposition, l’oeuvre offerte par Laurence à la municipalité, si elle devait être revendue, rapporterait près du triple de l’investissement… » 
Sur le site de l’artiste, on peut constater que l’une de ses œuvres a été adjugée chez Christie’s, au Royaume-Uni, à 105 312 euros.En effet, avec des estimations allant de 6 480 à 11 000 euros pièce, l’exposition Candy, créée en 2009,  montrée à New-York, Tokyo, Venise, Puerto Rico et dans 25 pays du monde, acquise par des fondations, risque d’être une belle vitrine pour la Cité des Ducs. Ce qui était l’objectif initial de l’invitation de Chambéry à l’artiste. Michel Dantin, a pris la mesure de l’organisation de cette exposition qui ne figurait pas dans la programmation culturelle du musée des Beaux Arts. « Il y a beaucoup de monde qui prétend détenir la vérité en matière culturelle, je n’ai ni la volonté, ni la prétention de me soumettre aux diktats de quelques-uns », relativise-t-il, « Chambéry est associée à des villes comme Dubaï, New-York ou Tokyo. Le musée d’une ville moyenne comme Chambéry doit accueillir toutes les formes d’art, il y a eu l’exposition Boix-vive, l’exposition Livio Benedetti, il y aura désormais l’exposition Jenkell » .
Autodidacte, engagée, l’artiste qui a mis au point une technique très particulière de torsion de la matière qu’elle sculpte, a une prédilection pour le plexiglas. C’est la première fois que ses œuvres, cette fois en polyester, sont exposées en extérieur en Savoie. A Megève, en 2015, elles avaient été exposées dans la galerie Saint-Martin.

Ainsi, il semble que l’art aussi, soit un sujet de controverse, même quand il est choisi pour faire rayonner une commune. Cela n’a visiblement pas été compris par tous, tant sur le fond que sur la forme. « La contrepartie de cette exposition était de mettre une oeuvre dans le musée des Beaux-Arts, comme c’était le cas à Calais, lors de cette exposition, ce que nous avions initialement accepté. La directrice du musée ne voyait pas ces œuvres à leur place dans le musée, mais elle nous a proposé une salle du musée néanmoins », explique Cathy Légiot. « Je pense encore que c’est une chance pour Chambéry, d’avoir cette expo, quand elle est venue visiter la ville et qu’elle a donné son accord, c’était presque inespéré, vu son envergure », souligne-t-elle, « je ne la connaissais pas, et j’ai découvert une personne très ouverte et généreuse avec le public qu’elle a rencontré lors de la déambulation du 18 juillet. Ceci dit, même si les critiques personnelles envers Laurence Jenkell sont particulièrement odieuses, toutes ces critiques c’est une forme de publicité, c’est toujours mieux que l’indifférence », relève-t-elle, non sans ironie. 

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