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Les opinions du Petit Reporter : l’égalité des sexes n’est pas une guerre !

Par Laura Campisano • Publié le 22/08/20

Nombre de voix ont tenté de s’élever pour parler de ce qu’il faudrait pour avoir un monde plus juste, battant en brèche des années de « patriarcat acharné » pour faire entendre celle des femmes, je ne serai pas la première. Alors qu’en coulisses, on s’organise pour réclamer l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon, au nom d’une « parité mémorielle », une question me taraude, m’agace, me titille. 

Quand une partie de la société a été privée de droits, n’est-il pas plus équitable de lui accorder les mêmes que la partie qui les détient déjà, plutôt que de déshabiller Pierre pour habiller Paul ? Jusqu’à preuve du contraire, je suis une femme, et j’ai la chance de vivre dans un Etat qui m’accorde des droits, étant née à la bonne période historique pour cela. Mais je ne m’estime pas remplie de mes droits parce qu’on tape sur les hommes. Je ne me sens pas mieux, je ne dors pas sur mes deux oreilles simplement parce qu’au lieu de me donner les mêmes droits que mes congénères, comme l’impose la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, on m’en donne davantage. L’égalité, la parité, c’est la justesse : c’est qu’enfin nous jouissions des mêmes droits, tous, sur le même territoire. C’est par exemple, qu’à poste égal et qualification égale, nous gagnions le même salaire. En revanche, les propos sexistes que la publicité, la presse, le cinéma, le commerce, utilisent pour dénigrer l’un ou l’autre des sexes m’horripile. Quand être nue faisait vendre un yaourt, aujourd’hui s’attaquer aux hommes – et on nous dira qu’on a bien dénigré les femmes tout ce temps donc bon, ça va, mais en fait, non ça ne va pas – les faire passer pour des imbéciles, pour des produits (êtes-vous déjà allé(e)s vous promener dans les rayons bien-pensants du site de rencontres « Adopte un mec » ? Mettre des femmes dans un caddie, puis les remettre en rayon, ça ne serait jamais passé !) voire pour des prédateurs m’insupporte. Il y a des hommes pervers narcissiques, mais il y a des femmes aussi. Il y a des manipulateurs, mais l’équivalent féminin existe. Il y a des féminicides, et oui, c’est insupportable, mais il y a aussi des hommes battus, des hommes tués sous les coups de leur femme, et on n’en parle jamais. Pourquoi ? L’ont-ils TOUS mérité ? La libido a-t-elle un sexe, un seul ? Ou peut-on admettre qu’il existe de part et d’autre, des comportements déviants ?

Après avoir supprimé les hôtesses sur les salons automobiles et les remises de prix du Tour de France, pourquoi ne pas avoir interdit les spectacles de Chippendales? Les danseurs dénudés derrière les chanteuses Pop, les hommes objets dans les films sur Netflix, les « mom-porn » comme Cinquante Nuances de Grey ? Egalité, disiez-vous ?

Je ne comprends pas de quelle manière on se pense fondé à obtenir une quelconque égalité en reposant notre réflexion sur la haine de l’autre. Parce que c’est bien le mot qui convient. C’est une haine, une guerre, un combat, un dégoût. Personnellement j’espère que les femmes auront un jour les mêmes droits que les hommes, pour que la devise de notre pays soit respectée et non seulement un écran de fumée. Mais à ce compte-là, j’ose espérer qu’on fera un décompte équitable, des hommes assassinés sous les coups de leur compagne ou ex-compagne, en même temps que l’on fait celui des féminicides. Tuer quelqu’un est inconcevable, inadmissible, les violences conjugales ne sont pas les violences des hommes, ce sont les violences au sein du couple d’un conjoint sur l’autre et ce n’est pas de la faute des hommes si en langue française le masculin l’emporte. 

Tous les hommes ne sont pas des prédateurs, des tueurs, des porcs. Toutes les femmes ne sont pas des menteuses, allumeuses, vénales et calculatrices. Il y a des prédatrices, des « mantes-religieuses », des veuves joyeuses, comme il y a des hommes maltraités, humiliés, privés de soins et séquestrés. Stop le dénigrement, stop la publicité à l’envers pour laver plus blanc que blanc et faire soi-disant amende honorable. On n’y arrivera pas en s’écharpant, on n’y arrivera pas en se hissant les uns contre les autres. Le climat de guerre perpétuel, empêche, limite, la spontanéité. On ne se parle plus, on ne se sourit plus (même avec les yeux, derrière un masque) on ne se courtise plus, on ne se rencontre plus. 

Un jour, le taux de natalité chutera tellement qu’il n’y aura plus personne pour payer les retraites, un jour, les cœurs seront si secs, qu’on fera comme en Asie, des stages pour réapprendre à communiquer. Élevons le débat, soyons capables de retirer de notre vocabulaire les poncifs méprisants, faisons l’effort d’écouter avant de sauter à la gorge, l’égalité des sexes n’aura jamais lieu si personne n’est capable de prendre de la hauteur. Ce n’est pas en rabaissant, en ignorant, en flagellant, en castrant les hommes que les femmes auront plus de droits, et encore pire, ce n’est sans doute pas de cette manière que l’égalité, la liberté et la fraternité (maudite langue française n’est-ce pas!) pourront vraiment faire rayonner notre pays. Bien sûr qu’il faudrait plus de femmes à de hautes fonctions, bien sûr qu’il serait temps d’arriver à l’équilibre. Mais si on n’y arrive pas, ne faut-il pas évoluer plutôt que de chercher des coupables à tout prix ? Chacun est capable, me semble-t-il, à son niveau, de faire avancer la société. Ce n’est pas qu’une question de sexe, c’est surtout une question de bonne volonté et d’honnêteté intellectuelle. Nous ne sommes pas obligé(e)s d’être en guerre,ce n’est pas être naïf que de croire que l’égalité ne passera que par la paix. 

L.C.

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