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Les opinions du Petit Reporter : l’équité

Par Laura Campisano • Publié le 17/12/20

« Où sont les femmes en politique ? » interrogions-nous dans nos colonnes, à plusieurs reprises. « Comme il est difficile de monter des listes ! » entendions-nous, à chaque campagne électorale. De l’avis de celles qui en sont, les femmes hésitent davantage que leurs homologues masculins à se lancer dans la vie publique, pour des raisons familiales, surtout. A part quelques-unes qui ont la possibilité de s’organiser différemment, pour la grande majorité d’entre elles, les réunions tard le soir, les commissions à rallonge, freinent leurs ambitions à mettre leur savoir-faire ou leur bonne volonté au service de la collectivité. Qu’en est-il des hommes ? Se posent-ils la question d’un mandat ou d’un engagement politique en ces termes ? Visiblement moins, puisqu’ils sont plutôt majoritaires, notamment sur le territoire qui nous occupe. Alors, quand à La Biolle, la maire nouvellement élue a décidé de diviser par deux son indemnité pour pouvoir rembourser à ses conseillers municipaux d’opposition, les frais de garde de leurs enfants, sans distinction de genre s’entend, on a pu s’en féliciter, bien que discrètement. Fracas en revanche à Chambéry, où pour avoir voté une délibération en ce sens, des cris d’orfraie et des mines scandalisées ont éclos sur les réseaux sociaux. En cause, l’augmentation des indemnités des élus. Tous ? Ah non, certains conseillers municipaux n’ont pas une indemnité qui pèse si lourd que cela, n’ont plus droit aux aides sociales qui leur permettaient de joindre les deux bouts avant d’être élus, et seront sans doute soulagés de pouvoir respirer – un peu – ,moins écartelés entre les frais éventuels d’une babysitter versus leur présence à toutes les commissions pour assurer leur mandat. Sans compter que pour la plupart des élus qui se posent ce genre de questions, il y a une majorité de femmes. 

Alors, prenons le problème à bras-le-corps : qu’auraient dû faire les élus de la majorité ? Diviser leur propre indemnité (qu’ils ont en effet augmentée) pour payer les frais de garderie de leurs collègues ? « L’indemnité sert à ça » certes, mais parfois l’indemnité d’élu fait perdre le peu que certains avaient déjà. Mettre en œuvre un texte voté par le Parlement pour permettre aux élus de respecter leurs engagements au service de la communauté, qu’ils soient parents ou non, hommes ou femmes sans distinction, est-ce si scandaleux ? La loi « engagement et proximité » prévoit la prise en charge des frais de garde non seulement des enfants mais aussi des personnes handicapées ou ayant besoin d’assistance. Bien sûr tout ceci est contrôlé par le comptable public et même compensé par l’Etat dans les communes de 3 500 habitants, non ce n’est pas la même chose que l’indemnité globale d’élus, c’est une disposition à part, récente, un décret du 30 juillet 2020. Alors que l’on nous disait qu’il était dur de trouver des candidats pour monter des listes, que pour respecter la loi sur la parité il fallait trouver des femmes, que certains découvraient l’ampleur de la tâche une fois en place, et qu’une loi (celle-là même) a été nécessaire pour former les élus, quand une idée va dans le sens de l’amélioration et qu’elle est appliquée, on a visiblement une seule idée en tête : « c’est notre argent qu’on dépense ». 

Parfois, j’avoue avoir du mal à suivre les raisonnements, à sentir le parfum du scandale là où je vois l’équité. On aurait pu mettre cela sur le compte de la jeunesse, mais j’ai plutôt tendance à croire qu’il est difficile de faire évoluer les mentalités, de mettre tout le monde d’accord sur un sujet, surtout s’il tend à modifier un ordre huilé et parfaitement établi. Gageons que ces nouvelles dispositions permettront à des citoyens et à des citoyennes, de passer le cap de l’engagement public, sans craindre qu’il leur soit reproché de bénéficier d’indus…. prévus par la loi, précisément pour cela !

L.C

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