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Faute de scène, Stéphane Col des Blackstage s’invite dans votre salon

Par Laura Campisano • Publié le 18/01/21

Nous l’avions laissé au deuxième confinement attristé par la situation de la culture en France, alors qu’il n’était toujours pas possible pour Blackstage de reprendre le chemin de la scène. Depuis, on peut dire que Stéphane Col a su rebondir : retour aux concerts avec l’association Zicomatic, sortie du tome 2 de son livre sur la vie du groupe, et une idée, lancée comme une boutade à la cantonade, qui pourrait bien être prise au sérieux : des concerts de salon, dans le respect des mesures sanitaires, évidemment. 
L’idée n’est pas si saugrenue, si l’on en croit le succès de l’émission d’Antoine de Maximy, « J’irai dormir chez vous », dont la tendance du « couch-surfing », soit de s’inviter chez l’habitant, a rencontré son public ces dernières années. Le 16 janvier, le musicien Stéphane Col a donc lancé sur sa page Facebook, ce qui aurait pu être pris pour une plaisanterie : aller jouer dans le salon d’amoureux du rock, en journée avant le couvre-feu ou le soir, en passant la nuit sur place. C’était sans compter sur les aficionados qui ont pris sa proposition au mot, et se sont déjà renseignés.

Objectif : recréer du lien 

« J’ai lancé ça pour ne pas devenir fou » explique Stéphane Col, « nous avions fait des concerts privés cet été, je me suis dit, pourquoi ne pas tester ça ? J’ai déjà des demandes. » Sous la blague, bien sûr, la réalité du monde de la culture, en stop-and-go depuis presque un an, et plus rien depuis de longs mois. Stéphane et Sylvain, membres du groupe Blackstage, sont donc privés de scènes, de concerts, longtemps même de répétitions et de facto, de lien social. « L’idée c’est de faire ce que j’aime, de retrouver du lien social », explique Stéphane, « c’est abordable, faisable, dans le respect des consignes sanitaires, c’est évident. Je ne vois pas comment je peux mettre davantage en danger les gens en jouant de la guitare dans leur salon que lorsqu’ils sont tous entassés au supermarché »,  avance-t-il. 
Si des demandes ont déjà été formulées, rien n’est encore fait et il n’est pas encore certain que le groupe sera au complet pour ces prestations, initiative personnelle de Stéphane qui précise que rien n’a été défini pour le moment. « Vu qu’on ne peut être plus de six, qu’il y a des règles sanitaires à respecter, l’idée directrice ce serait d’aller chez les gens, chanter, jouer, sans prise de tête », poursuit-il, « ce n’est pas la même prestation qu’un concert, c’est plutôt sous la forme d’un apéro musical, à grand renfort de gel hydroalcoolique », précise le musicien.

« On nous dit d’innover, de se réinventer, c’est un moyen de sortir de la léthargie » 

Des mois sans activité, forcément, cela laisse le temps d’inventer des concepts, de tester sa créativité, alternant des moments compliqués avec des moments de pep’s. Les artistes locaux que nous avions rencontré en novembre ont tous essayé de braver la tristesse de ne pouvoir rencontrer leur public et de se produire sur scène, sans visibilité, sans porte de sortie, devant reprogrammer et déprogrammer, à l’instar de Malraux, las de patienter devant son rideau baissé. « J’ai lancé une pierre comme ça », renchérit Stéphane, « je fais la démarche d’essayer, on nous dit d’innover, de se réinventer. C’est un moyen de sortir de la léthargie actuelle. Et j’aime bien me renouveler. » Et c’est une réalité : si pendant le premier confinement il avait réalisé un duo virtuel avec Jon Bon Jovi, au second, Blackstage avait enregistré un titre dédié aux « non-essentiels » baptisé « Alysson » en mémoire de la jeune barbière qui s’est donnée la mort en Belgique. Au-delà de cette idée de concert de salon, le rockeur a aussi pris la plume, pour sortir le deuxième opus de l’histoire du groupe, qui fête ses 10 ans cette année. « J’avais écrit le volume 1 qui retraçait notre parcours de 2010 à 2017, sorti il y a trois ans, en même temps que l’album », précise Stéphane, « depuis ces trois dernières années, il s’est passé beaucoup de choses, la tournée des Hard-Rock Cafés, les USA… Donc j’ai eu le temps pendant le confinement, et le deuxième est là, avec 380 pages, dont de nombreuses photos. Il s’adresse à ceux qui aiment Blackstage et ne peut s’acheter qu’auprès de moi. » Le « livre sacré » , retrace l’épopée du groupe vu par son fondateur, avec son lot d’anecdotes, en auto-édition et peut déjà être réservé et commandé auprès de lui, via sa page Facebook. Avec ce nouveau projet, Stéphane Col n’a qu’un souhait, non pas celui de contourner la loi et les règles en vigueur, mais plutôt de poursuivre ce qu’il aime, en essayant « simplement de bosser. Je veux tout essayer avant d’arriver à l’extrême limite, de devoir lâcher l’affaire. » Les premiers retours de ses fans sont plutôt positifs, quant à ces concerts ultra-privés. Affaire à suivre, parce que le rock ne se repose jamais, en attendant que les artistes retrouvent leur place naturelle, la scène. 

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