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Chambéry : sur la sécurité, deux visions, deux ambiances

Par Jérôme Bois • Publié le 26/05/21

Au conseil municipal, mardi 25 mai, le vote sur le déploiement de la médiation sociale nocturne a engendré un débat plus global sur le bilan « sécurité et tranquillité publique » de cette majorité depuis son arrivée aux manettes voici 10 mois. Un débat que la minorité – qui privilégie « l’action » plus que « les réunions et les concertations » – avait souhaité avoir de longue date et qui a abouti à peu de choses.Au départ, ce ne devait être qu’un vote de consensus, devant permettre le déploiement de la médiation sociale nocturne sur certains quartiers. Ce projet, porté par l’association Régie +, vise à répondre aux « doléances d’administrés, qui se sont adressés directement aux élus mais également aux services de la Ville, ainsi que des expressions d’habitants, recueillies dans le cadre des ateliers de tranquillité publique de proximité mis en œuvre depuis l’automne, mettent en exergue de réelles attentes en la matière » , détaille le rapport. Ce dispositif « constituera un maillon supplémentaire de l’action de la municipalité en matière de tranquillité publique, en cohérence directe avec l’action quotidienne de la police municipale et notamment sa brigade de tranquillité de nuit ».

« Le bateau coule, les voitures brûlent… »

La médiation se veut une réponse aux « doléances » de ces habitants, trois nouveaux binômes de médiateurs effectueront 3 à 4 services hebdomadaires ; ils auront à mener les actions de médiation -gestion de conflits, d’information et de relais, notamment auprès des jeunes, à effectuer un repérage des personnes vulnérables, à accompagner des personnes si besoin, à assurer une veille technique sur les espaces et bâtiments publics de la collectivité et des bailleurs et à être une présence lors de manifestations particulières. Le montant annuel de l’opération* (112 556 euros) sera subventionné comme suit : 43 000 euros de la Ville pour les 8 derniers mois de l’année, 5 820 euros de l’Opac de Savoie (pour les 8 derniers mois également, soit 8 732 annuels), 15 882 euros de Cristal Habitat (pour les 8 derniers mois soit 23 824 annuels), et une subvention de l’Etat de 10 000 euros plus l’aide au recrutement. Le secteur de Curial fera l’objet d’une attention particulière de la part de ces binômes, « en matière de nuisances, de prévention des addictions et des conduites à risques, de veille technique et d’accompagnement des publics vulnérables ».Agir sur la sécurité au quotidien et sur le bien-vivre ensemble était un souhait de la population, cette médiation sociale est une réponse, entre 18h et minuit mais bien insuffisante aux yeux du groupe « Aimer Chambéry c’est agir pour vous », Aloïs Chassot en tête. « Nous voudrions profiter de cette délibération pour résumer votre première année d’exercice en matière de sécurité ; le bateau coule, les voitures brûlent et les feux d’artifice volent bas. Trois écoles incendiées, des caméras dégradées, des voitures brûlées au Biollay, sur les Hauts, en centre-ville et dernièrement sur les Monts, polices nationale et municipale visées par des tirs de mortier… Chambéry avait retrouvé de la sérénité grâce à l’action de tous mais nous notons une nette dégradation de cet état des lieux ». Cette délibération ne trouvait clairement pas grâce à leurs yeux car ne s’incluait pas « dans une stratégie globale visible ». L’élu poursuivait sa litanie : « Vous avez lourdement abaissé le budget de la police municipale, les achats de munitions ont baissé de 50%, idem sur les achats de tenues et équipements… Serait-ce la première pierre d’un désarmement de la police municipale ? » Deux départs, ceux du responsable du centre de supervision urbain (CSU) et du directeur de la PM, sont venus ajouter à cette tenace impression de gâchis en matière de sécurité ressentie par l’opposition jadis aux manettes. De mauvais augure selon elle, « nous n’espérons pas un désengagement de la ville sur ce point » , insistait Aloïs Chassot, mais…

« Nous avons besoin d’humains et de prévention »

Mais voilà, la Ville a tranché, manifesté une volonté farouche de privilégier la prévention à la répression, fruit d’un travail de coopération entre les institutions policières, juridique et qui présente la particularité « de coûter moins cher que la répression » , reprenait Thierry Repentin. Dominique Loctin (conseiller en charge de la tranquillité publique, la prévention et la sécurité et de la cohésion et vie sociale des quartiers) rappelait que les départs (pour la Haute-Savoie pour l’un, le Sud pour l’autre) avaient occasionné une réorganisation « en attendant un recrutement à venir » et qu’ils n’étaient pas le symbole d’un secteur laissé en déshérence. « Au sujet des caméras » , insistait Dominique Loctin, « quand elles brûlent, c’est principalement par représailles et notez qu’elles ont été remplacées au Biollay voici 10 jours. Nous voyons un rajeunissement de ces problèmes d’incivilités et nous travaillons pour avoir une réponse plus précise à donner en réaction ». « Nous contribuons à remettre de l’ordre » , reprit Thierry Repentin, « la sécurité est une chose qui nous concerne tous ; nous avons besoin d’humains, de prévention. La dotation de 10 policiers nationaux pour notre commissariat** va nous offrir plus de souplesse pour aller dans le sens de nos souhaits ». Un travail est également en cours afin de remettre de l’humain sur les Hauts où l’absence d’un point police se fait cruellement sentir. Farid Rezzak : « Quand on veut brûler, on brûle. Sur un quartier politique de la ville de surcroît, où les forces de police sont absentes. Les Hauts, ce sont 13 000 habitants, une véritable ville ; pourquoi n’y a-t-il pas de commissariat pour parler en toute confidentialité, pour déposer plainte, pour être rassuré ? » Enfin, le maire mit l’accent sur les réunions avec les acteurs de la sécurité, avec le Procureur, aboutissant à cette stratégie de prévention que dénonça vertement Aloïs Chassot en conclusion : « Les réunions, les rencontres, les concertations sur la sécurité, c’est bien mais l’action c’est beaucoup mieux ». Deux salles, deux visions, deux ambiances, lors d’une séance du conseil courte et riche de grands sujets.

Une convention, d’une durée de 8 mois à compter du 1er mai 2021, a été signée avec les partenaires financiers. Elle pourra être renouvelée par reconduction expresse, en cas d’accord de l’ensemble des signataires sous réserve de l’évaluation qui en aura été faite et des crédits disponibles à affecter.
** Suite à la volonté d’Emmanuel Macron de déployer 10 000 policiers sur l’ensemble du territoire, exprimée en avril dernier, la ville de Chambéry s’est vue accorder 10 postes supplémentaires pour 2021.

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