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Régionales 2021 : Chantal Gomez, celle qui voulait révolutionner la région

Par Jérôme Bois • Publié le 25/05/21

Lutte ouvrière existe depuis les années 30, s’est révélée à l’occasion des « événements » de mai 1968 et a franchi un palier politique avec l’arrivée d’Arlette Laguiller à sa tête en 1973. Depuis, elle enchaînera les candidatures aux présidentielles, faisant de LO (Union communiste) une exception au milieu des mastodontes de la politique française. Son opiniâtreté à appeler à la révolte a souvent été caricaturée mais sa permanence à conduire les combats des travailleurs et sa longévité dans le paysage l’ont néanmoins rendu crédible. Pour ces Régionales 2021, la Région verra Chantal Gomez retenter sa chance après son 1,2% de 2015. Année nouvelle pour un programme ancien et toujours d’actualité.

Toujours invitée mais jamais élue, Lutte ouvrière est pourtant indissociable des joutes politiques lors desquelles son discours pro-travailleurs et ses attaques à l’encontre de l’establishment détonnent. Souvent coloré, jamais fade, le discours ouvrier est, en 2021, toujours plus d’actualité à en juger par les propos volontaristes de Chantal Gomez, militante à la CGT et à LO, habitante d’Echirolles en Isère. 

La voix de la révolte

Candidate tête de liste aux Régionales, pour la deuxième fois, elle a voué 50 ans de sa vie au militantisme « et pas seulement pendant des campagnes ». A 15 ans, elle intégrait les jeunesses communistes, la voici tête de liste en Aura à 65 ans, « toujours autant révoltée par ce monde injuste, de plus en plus injuste, même ». Son combat est quotidien, cette campagne est donc son porte-voix. « Est-ce que la Région est le bon échelon pour agir ? Mais tous les échelons sont les bons ! On profite seulement des élections, moment où la population est plus attentive à la chose politique ». Pour faire entendre la voix des travailleurs, pour défendre leurs intérêts « alors que l’on se dirige vers un précipice économique, écologique et social sans précédent. Ces élections sont l’occasion de faire entendre cette envie de révolte ». La voix porte, Chantal Gomez a le discours rôdé et ne manque jamais d’égratigner un système politique qui ne serait que le pantin du marionnettiste CAC 40. « Nous ne pensons pas que ces élections changent quelque chose car tout ce que les travailleurs ont obtenu au fil des décennies, c’est par la mobilisation ». Et la crise Covid n’a pas manqué de (re)révéler ces hommes et femmes du front, « les personnels soignants, les éboueurs, les chauffeurs… Cette mobilisation est à notre sens bien plus apte que ces politiciens qui ne sont guère plus que les domestiques de la grande bourgeoisie capitaliste ». Marxisme, trotskysme, léninisme, choisissez votre terminologie, elles conviennent toutes à Chantal Gomez. « J’ai cette conscience de classe : il y a dans la vie ceux qui travaillent et ceux qui vivent de l’exploitation. La pandémie n’a fait que montrer leur irresponsabilité ».

« On ne change rien en changeant simplement Macron »

Pourtant, depuis la révolution avortée des Gilets jaunes, et si les promesses de révolte ne manquent pas sur les réseaux sociaux, rien ne semble pouvoir tourmenter la classe politique aux manettes. « Des luttes, il y en a mais elles sont défensives. La classe ouvrière baisse la tête, les fermetures d’entreprises se multiplient, les licenciements, les droits qui nous sont rognés… Et il n’y a plus de partis pour défendre les intérêts des travailleurs comme nous ». Il a manqué peu de choses aux Gilets jaunes pour asseoir une révolution qui n’aura pas résisté à la promesse de grand débat. « Ce n’étaient pas les Gilets rouges comme je l’aurais souhaité mais au moins, personne ne s’attendait à ce mouvement et on a vu défiler des milliers de travailleurs. Il leur a manqué de s’attaquer à la base ; le mouvement s’est porté contre Macron mais il n’est qu’un serviteur de cette grande bourgeoisie. On ne change pas les choses en changeant simplement Macron ». Et si face à cette résignation ambiante, la solution venait des travailleurs eux-mêmes, tous en phase avec le droit du travail, tous à même de se défendre de façon collective face aux exactions patronales ? Non, Chantal Gomez n’y croit pas, « utiliser le droit et la justice devient de plus en plus en dur. Aux Prud’hommes, on se retrouve avec le même rapport de force qu’en entreprise. Il ne faut pas penser que la lutte juridique remplace la lutte tout court, je préfère lutter contre cette idée du droit qui remplacerait la justice de classe ». L’entreprise Caterpillar de Grenoble avait été attaquée aux Prud’hommes en 2015 par ses salariés en raison de primes d’intéressement versées de manière inégalitaire, « les salariés avaient d’abord obtenu gain de cause mais en appel, l’entreprise a gagné et a réclamé aux salariés le remboursement des primes » , tonne Chantal Gomez, « le droit, c’est compliqué ». Sans compter que les militants sont moins nombreux, « les patrons leur ont fait la chasse ». Que reste-il, alors ? L’espoir. Que la révolte vienne de l’intérieur même de l’entreprise. « En 1968, on disait la société endormie, elle s’est subitement réveillée ». Le monde d’après devra ressembler à ce que les travailleurs en feront, parce qu’en face, « ils sont organisés alors nous devons l’être, autour des idées marxistes, il faut renverser la table. En 1917, les ouvriers ont décidé d’en finir avec le système et ont chassé les classes de parasites ».

« Tous les jours, j’essaie de convaincre »

Marxisme, communisme, léninisme… on n’est plus très loin du Parti communiste, de la France insoumise ou du Nouveau parti capitaliste, ces dérivés de l’école de 17, l’association tombe sous le sens. En théorie. « On n’a rien à voir avec eux, ils prônent un capitalisme doux mais lorsqu’ils seront au pouvoir que feront-ils des milliards accordés aux grandes entreprises ? Des dotations ? » Non, Lutte ouvrière chassera en solo, « tous les jours, j’essaie de convaincre, je suis toujours révoltée car ces partis nous divisent ». Elle se définit comme le « seul programme viable » quand « beaucoup vont essayer de récupérer la colère populaire ». D’un système économico-politique d’où découlent toutes les aberrations de ce monde, selon elle, du réchauffement climatique au problème des migrants, elle en appelle à ce que la société avait su faire il y a 150 ans, lors de la Commune ; l’instauration d’un modèle communiste et ouvrier resté en référence absolue aujourd’hui, né du refus du gouvernement élu au suffrage universel masculin en 1871 : « Ils avaient réussi à s’organiser et à tenir 72 jours, il faut retrouver ce type de société ». Oui, « il faut renverser le système capitaliste » sans faire preuve de nuance, rehausser massivement les salaires et espérer que comme il s’écrit çà et là, personne n’oubliera ce qu’il s’est passé ces derniers mois.Car la pandémie a mis en lumière les millions distribués aux entreprises alors même que se poursuivent les manœuvres de « liquidations des emplois, voyez Danone, Renault Trucks, Michelin ou encore Sanofi » … De l’argent qui aurait dû être injecté dans les moyens hospitaliers, dans les primes Covid, etc. Ont aussi émergé l’uberisation du travail ainsi que le télétravail, « je ne vois pas ça d’un très bon œil, ça casse le collectif du travail bien qu’il soit encore possible de faire la grève du télétravail » , en atteste la grève initiée par Sud, parce que La Poste ne respectait pas « l’accord télétravail 2018/2021 ». Cette crise a été le révélateur des insuffisances d’un système qu’à LO on estime dépassé et inégalitaire. Ces élections seraient donc le bon moment de s’en souvenir.

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