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Départementales, Chambéry 3 : Nathalie Colin-Cocchi et Benoît Perrotton contre-attaquent

Par Jérôme Bois • Publié le 24/06/21

Défaits à l’issue d’un premier tour de ces départementales à nul autre pareil, Nathalie Colin-Cocchi et Benoît Perrotton ont mûrement réfléchi aux suites à donner à ce tour de piste qui les a laissés à deux voix du binôme Christelle Favetta-Sieyès – Franck Morat. Ce sera sous le forme d’un recours en annulation, déposé auprès du tribunal administratif de Grenoble. Ils expliquent leur décision, bien soupesée selon eux.


Des élections spécifiques, ça oui, on a vu que ce dimanche 20 juin sera à marquer d’un pierre blanche… ou noire selon comment on se place. Niveau d’abstention record, flou artistique devant ce double scrutin, élections de binômes sans possibilité de panachage, « premières élections depuis la sortie de la crise Covid » , ajoutait Benoît Perrotton, en effet, on s’en souviendra. Mais eux probablement davantage, car victimes d’un écart de voix insignifiant, bien que suffisant, de deux voix précisément, en leur défaveur. Les deux membres de la minorité chambérienne ont donc décidé de ne pas en rester là. « Nous avons relevé de graves anomalies dans la tenue de ce scrutin » , indiquait Benoît Perrotton, en préambule, « à savoir un défaut significatif de distribution des professions de foi et des bureaux, sur notre canton, qui n’ont pas ouvert à l’heure (les bureaux 301, 302, 307 et 309), des retards allant de 10 minutes à une heure et demi. Ce sont des éléments factuels, c’est pourquoi nous allons déposer un recours en annulation auprès du tribunal administratif de Grenoble, en notre nom propre. Nous souhaitons exprimer au juge que ces anomalies ont faussé les résultats ».

« Si la différence de voix avait été plus significative… »

Pour mémoire, dimanche soir, les résultats définitifs du canton Chambéry 3 n’ont été communiqués que peu avant 1h du matin, après quatre séances de recomptage des voix. A un moment, il semble même que le binôme porté par « la Savoie nous unit » ait été placé en tête. Avec 1 239 voix, ils se sont in fine placés juste derrière le binôme finaliste Morat – Favetta-Sieyès (1 241) et à quelques encablures du duo vainqueur de ce premier tour, Danièle Somveille – Marc Pascal (Savoie ensemble) avec 1 376 voix (lire ci-contre)*. Ce qui a été cependant valable pour tous – les éléments précités – n’aurait pas justifié cette décision, « si la différence de voix avait été plus significative » , soufflait Nathalie Colin-Cocchi. « Nous n’y serions alors pas allés, mais deux voix, c’est insignifiant, cela apportera de la force à ce recours ». Arguant au passage que l’écart aurait pu être inversé en défaveur d’un autre binôme, « ce qui aurait justifié qu’ils soient amenés à former ce recours eux-aussi. Nous l’aurions compris. Ce n’est pas un problème de personnes » , détaille-t-elle. « Quant à nos électeurs » , reprend Benoît Perrotton, « ils ne peuvent qu’être dans l’incertitude, c’est pourquoi nous avons besoin d’une tierce personne pour dire s’il y a eu ou non une rupture d’égalité. Certains électeurs n’ont clairement pas pu exprimer leur vote ». En chœur, ils assurent que ce recours est « parfaitement déconnecté de tout choix partisan ». En définitive, l’idée est de recommencer ce premier tour « dans des conditions normales ». Quand ?La date limite du dépôt de ce recours est vendredi après-midi, soit 5 jours après le premier tour. Un délai finalement assez court pour monter le dossier et rassembler les éléments à charge. Reste encore à connaître le délai de traitement de ce recours, qui peut aller de quelques semaines à plusieurs mois. « Le juge s’en saisira, après, en fonction de la gravité, de la force et de la pertinence de notre argumentaire, cela peut prendre moins de temps » , confiait Benoît Perrotton. « Nous ne sommes pas dans un débat politique mais de démocratie ».

« Il faut que l’on nous départage car les électeurs ne l’ont pas fait »

Unique binôme porté par « la Savoie nous unit » à avoir été battu dès le premier tour, le duo Perrotton – Colin-Cocchi n’en demeurait pas moins confiant sur les chances de la majorité départementale de tout rafler à l’issue du second tour de piste. « La droite et le centre droit conservent la première place politique, cette majorité devrait rester celle qu’elle est aujourd’hui » , assurait l’ancien adjoint aux finances de Michel Dantin, qui définit son binôme comme issu de la « société civile » et non de droite. L’interrogation porte davantage sur les conséquences que cette élection aura sur la majorité chambérienne, bousculée par les préférences affichées par la première adjointe, Aurélie Le Meur, en faveur des binômes de Savoie ensemble au détriment des duos « libres » que sont ceux de cette majorité, Jean-Benoît Cerino – Raphaëlle Mouric, battus sur Chambéry 2, et donc Christelle Favetta-Sieyès – Franck Morat, en ballotage. « Aurélie Le Meur a fait basculer l’équilibre de la cette majorité, mais elle n’a mis personne face à Gaëtan Pauchet et Claudine Bonilla sur Chambéry 1, parce qu’il faut sauver le soldat Pauchet » , déjà conseiller départemental, succédant au pied levé à Thierry Repentin au conseil, souriait Benoît Perrotton, trop heureux de la perspective d’effondrement de l’équilibre déjà précaire de cette majorité plurielle et plusieurs fois mis à mal au cours de cette première année d’exercice. Fatalement, lui et Nathalie colin-Cocchi se garderont d’orienter les votes de leurs électeurs, « car ce vote ne nous concerne plus, nous leur laissons le choix entre Savoie ensemble et les alliés de Thierry Repentin, avec qui nous n’avons ni projets communs ni les mêmes conceptions de ce que doit être un élu local ». « C’est un choix difficile pour nos électeurs, nous espérons seulement qu’ils iront voter » , embrayait Nathalie Colin-Cocchi, « nous ne sommes propriétaires des voix de personne » , exprimaient-ils  selon la formule consacrée.Si l’abstention record en Savoie comme ailleurs (lire notre article du 22 juin) a été perçue comme une fatalité, elle n’a pourtant pas manqué l’occasion de se faire annoncer. « Un gros pourcentage de gens avait oublié, il a été compliqué de les intéresser durant cette campagne » , notait Benoît Perrotton, « lors du tractage, nous avons reçu des commentaires assez peu encourageants de leur part ». Le fait de ne pas avoir reçu d’enveloppe a détourné massivement la population de ce tour de scrutin, « beaucoup d’électeurs étaient perdus en bureau de vote » , la catastrophe était annoncée Est-ce qu’un recours en annulation serait un message positif envoyé à ces Français réfractaires ? « Les éléments présentés nous font dire que ce n’est ni équitable ni possible de s’en tenir à ce qui vient de se passer. N’importe qui d’autre à notre place l’aurait fait et à juste titre » , s’est défendu Benoît Perrotton. « Il faut que l’on nous départage, les électeurs ne l’ont pas fait ». Le juge décidera…
* Le code électoral précise qu’en cas d’égalité parfaite, au second tour seulement, l’élection est acquise au binôme qui comporte le candidat le plus âgé.

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