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Départementales : le couac des professions de foi non distribuées au 1er tour ne passe pas

Par Laura Campisano • Publié le 24/06/21

Il ne s’agit pas d’une « anecdote » de campagne : ce sont des centaines de milliers d’enveloppes, de professions de foi et de documents de propagande des candidats, tant au conseil départemental que régional, qui n’ont pas été distribuées au 1er tour de ce scrutin. Au niveau national, nombreux sont les électeurs à n’avoir pas été informés des programmes et des ambitions des candidats, et la Savoie n’a pas été épargnée. En cause, l’utilisation des services d’Adrexo, plutôt que de la Poste, par l’Etat. Les conséquences, elles, sont bien visibles et donnent déjà lieu à des recours.


De gauche, de droite, du centre, de la majorité présidentielle, apolitique : l’absence des documents de propagande dans les boîtes aux lettres n’était pas réservé à une seule couleur politique au premier tour de ce scrutin départemental et régional. A tel point que le Sénat a réclamé l’ouverture d’une commission d’enquête, réclamant des comptes au Ministère de l’Intérieur. Localement, candidats et familles politiques ne décolèrent pas.

Des professions de foi et enveloppes officielles retrouvées en pleine nature, vers Evian

« Vous cherchiez vos enveloppes officielles pour les élections ? Ne les cherchez plus, on les a trouvées, vers Evian… pas sûr qu’elles soient dans un état optimal. » Scandalisé, le conseiller régional François Chemin, candidat sur la liste de Najat Vallaud-Belkacem au premier tour des régionales, publiait le 20 juin sur ses réseaux sociaux, les photographies des professions de foi, enveloppes et documents de propagande, retrouvées en pleine nature, partiellement brûlés et couverts de terre. Noureddine Mahiouz, à Chambéry-le-Haut, candidat aux départementales sur la liste « Savoie à venir », a également constaté que nombre de leurs sympathisants n’avaient pas été destinataires des documents de campagne, qui, candidature apolitique oblige, avaient été entièrement financées par leurs soins. Pire, il leur a été rapporté que des stocks entiers d’enveloppes non distribuées avaient été déposées au-dessus de la boîte aux lettres, dans un coin. Michel Bouvard, vice-président sortant, s’était également ému sur les réseaux sociaux de cette situation « Lorsque des électeurs m’ont téléphoné pour dire qu’ils n’avaient pas trouvé mes bulletins de vote, alors que je ne me représentais pas, ce qu’ils ignoraient, en l’absence de réception des documents électoraux, comment affirmer que cela n’aurait pas d’influence sur le scrutin ? » avant d’ajouter « L’incroyable déni de la ministre déléguée Marlène Schiappa : selon elle seuls 42 000 électrices et électeurs n’auraient pas reçu les professions de foi des candidats #élections2021. Rien qu’en Savoie plusieurs cantons concernés par cette organisation désastreuse » . Ainsi, en plus de l’abstention record, l’absence de documents dans de nombreuses boîtes aux lettres auraient privé les électeurs de documentation politique, certains découvrant les candidats en entrant dans leur bureau de vote… et se prononçant pour celui ou celle qu’ils connaissaient, même de loin. « La plupart des anciens aiment faire leur choix tranquillement, à la maison, en feuilletant les bulletins de vote », souligne François Chemin, « j’ai tenu un bureau de vote et j’ai vu les gens découvrir sur place 230 noms sur les bulletins de vote pour les régionales. Qu’ont-ils fait ? Ils ont voté pour celui dont on parle le plus dans la presse ! On ne sait pas de quoi parle la campagne, mais c’est celui qui a fait une communication omniprésente qui a bénéficié des votes de ceux qui se sont déplacés », a-t-il estimé.

« Nous étudions les voies de recours »

Bien que le ministre de l’Intérieur ait présenté les excuses du gouvernement, relevant que des irrégularités avaient en effet été constatées, remettant en cause le contrat de la société Adrexo, les candidats ne comptent pas en rester là. « Nous étudions les voies de recours », indique François Chemin, rejoint par Noureddine Mahiouz, disqualifié pour ce second tour, faute pour sa liste d’avoir réussi à atteindre les 5%. « Nous n’étions pas très loin des 5% sur Cognin et le quartier du Biollay, mais à quelques centièmes près, nous ne serons pas remboursés de nos frais de campagne », fait-il valoir, « j’ignore si le fait que nos bulletins et professions de foi aient été bien distribuées, nous aurions atteint ce seuil, mais ce que je sais, c’est qu’en tant qu’assesseur, j’ai vu des gens qui voulaient voter pour nous, mais ne reconnaissaient pas le bon bulletin, faute de l’avoir reçu en boîtes ! Alors on réfléchit aussi à des voies de recours, nous ne demandons pas de refaire les élections, mais nous estimons que les électeurs n’ont pas été correctement informés. Nous avons fait du porte à porte, mais à 10 nous ne pouvions pas faire chaque logement… Ce qui s’est passé nous a beaucoup impacté, sans compter l’arrachage d’affiches, nous sommes abasourdis. Nous avons payé un service pour s’assurer que tout serait distribué dans les temps, et ça n’a pas été le cas, quelque chose ne tourne pas rond ! L’Etat doit prendre ses responsabilités. »
Face aux recours en annulation étudiés par différents candidats, de tout bord politique, l’Etat a d’ores et déjà commencé à réagir. En effet, selon nos confrères des Echos, Benoît Albertini, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, a écrit aux Préfets qui devront superviser dès ce lundi, la mise sous pli et la distribution de la propagande électorale. « Les préfets devront détacher un agent de la préfecture sur les lieux où sont organisées ces opérations pour en vérifier la qualité. Ils devront aussi mettre en place une cellule opérationnelle de suivi de la distribution de la propagande électorale sur tout le ressort départemental, et réaliser deux fois par jour un » point national « avec le ministère de l’Intérieur pour traiter dans les plus brefs délais les incidents signalés ». Ce qui n’est pas d’un grand secours pour les candidats défaits au premier tour, comme c’est le cas du binôme Savoie à venir, « la Préfecture nous a bien dit que les choses seraient mieux faites au second tour, mais nous n’y serons pas ! » regrette Noureddine Mahiouz. De leur côté, le président du Sénat, Gérard Larcher, tout comme Philippe Bas, questeur au Sénat, se sont emparés du sujet. La commission des lois a demandé au Sénat de lui conférer les prérogatives attribuées aux commissions d’enquête pour une durée de six mois, concernant ces dysfonctionnements, cette demande devant être examinée le 24 juin en assemblée plénière. Toujours est-il que ces dysfonctionnements n’ont sans doute pas contribué à faire voter les plus fidèles électeurs, souvent plus âgés, puisque la participation en Savoie n’a pas dépassé la barre des 34 %. Dans certains cantons, même les favoris n’ont pas réussi à se hisser au conseil départemental dès le premier tour, faute d’avoir les 25% d’électeurs requis. Avec la reprise en main par les préfectures de cette distribution de propagande électorale, faute de débats, faute de campagne « classique » et vu le combo été-déconfinement-compétition européenne de football, peut-on réellement espérer une participation « normale », le 27 juin prochain ?

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