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Présidentielle 2022 : Michel Barnier au grand galop

Par Jérôme Bois • Publié le 15/11/21

L’ex-commissaire européen, ancien négociateur en chef du Brexit, a fait le grand saut, se plongeant avec gourmandise dans une course contre la montre à l’issue de laquelle il ne pourra en rester qu’un. Une nouvelle (et dernière ?) étape dans une carrière politique née alors qu’il n’avait que 14 ans. Il est l’autre phénomène – plus discret toutefois – de cette précampagne présidentielle, celui qu’on n’attendait pas si haut après un départ anonyme. Michel Barnier semble en train de faire basculer les équilibres (précaires) à droite et n’est plus le simple sparring partner des Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, grands favoris de la course à l’investiture LR. 

Dans trois semaines, les militants des Républicains auront désigné leur champion, le Highlander de la droite. Le 4 décembre, qui de Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Philippe Juvin, Eric Ciotti et de Michel Barnier restera pour le grand final d’avril 2022 ? Les baromètres – à la pertinence hautement contestable par nature – donnaient les deux premiers au coude à coude. Puis vinrent les autres, dans le grupetto. Mais, dans une folle échappée, prompt comme l’éclair, un Savoyard s’est mis à recoller au peloton de tête. Le baroudeur Barnier effectue un virevoltant come back et d’aucuns ici l’imaginent couper la ligne en tête. Michel Barnier n’est pas un perdreau de l’année, il est rompu aux joutes politiciennes, son CV, qualifié de « plus beau de la République » * par Michel Dantin, plaide pour lui. Et il fait pleinement partie de ces glorieux Savoyards dont la carrière politique s’est étirée (ou s’étire encore) jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat : Joseph Fontanet, Louis Besson, Pierre Dumas, Hervé Gaymard, Thierry Repentin et donc le natif de la Tronche, en Isère.

Piquantes petites flèches

Il fut parmi les derniers à se déclarer, fin août, quand Valérie Pécresse (mi-juillet) et Xavier Bertrand (mars) l’avaient précédé. Méconnu du grand public comme il l’est des Savoyards qui tout juste se souviendront de lui comme le faiseur de Jeux, projet qui lui prit dix années, il s’est positionné très tôt comme « le candidat du rassemblement ». Ni outrancier ni tape-à-l’œil, Michel Barnier s’est attelé à suivre une ligne de sobriété, ce qui lui valut un relatif anonymat lors du premier débat télévisé du 8 novembre. Au moins dans la première partie. Qu’on se le dise, il ne sera pas de ceux qui grifferont pour le plaisir d’égratigner. Homme de dialogue, empreint de sobriété, rigoureux, voilà comment ses soutiens le perçoivent. Vieux, dépassé, ennuyeux, voilà comment ses détracteurs le perçoivent. Franz-Olivier Giesbert dans Le Point, s’était toutefois laissé aller à cette confidence : « Qui l’avait vu venir ? Michel Barnier n’était le candidat de personne… ni peut-être de lui-même. Quand il s’est présenté, tout le monde – à commencer par votre serviteur – a pensé que c’était une vieille blague avant de retourner à ses occupations ». Plus crédible que prévu, le Savoyard ?Pourtant, ses premiers pas médiatiques sont plutôt passés inaperçus, l’homme ne suscitant finalement que peu de réactions, il n’était qu’un candidat de plus, sorti du bain européen quand d’autres brillaient déjà dans les eaux cristallines du national. Michel Barnier faisait parfois l’objet de critiques des plus douteuses – Eric Diard, député des Bouches du Rhône le trouvant même « chiant comme un jour de pluie sans internet » – ou fut affublé du vilain sobriquet de « Bonnet de nuit ». Trop sérieux, glacial, ennuyant, bref, pas sexy, l’adversité raille. Pour mieux cacher ses craintes ? Pour les médias, à la fin de l’été, il  avait une stature « vieille France » , symbolisait un gaullisme un peu éculé, son élégance ne jouant même pas en sa faveur : « En 2007, heureusement qu’on a eu Sarkozy et non Villepin », ironisait un cadre des Républicains. « Michel Barnier, c’est un peu l’histoire du gars qui a fumé son premier joint et vient de quitter la maison de papa et maman. Il ne veut pas redescendre. Il se prend pour le général de Gaulle », disait un proche de Bertrand. On a le verbe haut, chez les Rep’…

La Savoie séduite

Les reproches finiront par lui glisser dessus comme l’eau sur les rochers. Ses « je vais gagner » à répétition faisaient sourire, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le « Joe Biden français » jouant de sa force tranquille, a fini par inquiéter son petit monde, à commencer par ses adversaires directs**. Au national, Barnier a déjà ses gens, une garde rapprochée parmi lesquels plusieurs Savoyards, Emilie Bonnivard et Cédric Vial, sans exclure Michel Dantin, en charge de l’écriture de sa politique agricole. En Savoie, la fête est encore plus folle puisque le nombre d’adhésions aux Républicains a bondi (environ 1 200 inscriptions), condition préalable pour pouvoir voter les 1er et 4 décembre***. Ce qui fit dire à une élue locale que le scrutin allait coûter cher, « 20 euros par personne, puisque certains ne prennent leur carte que pour voter Barnier quand le vote écolo n’en coûtait que 2 ». Le succès de la campagne d’adhésion n’en demeure pas moins indiscutable, puisqu’on dénombre près de 120 000 adhérents à ce jour en France, ils étaient 95 000 mi octobre, 79 000 fin septembre.

Le 13 novembre en réunion publique.

La hype Barnier prend forme, la députée Bonnivard s’en félicitait même, le 23 octobre, en réunion publique, salle Grenette : « Beaucoup de journalistes me le disent, il plaît, il a la classe et l’élégance, il est hype alors qu’il est le plus… expérimenté ». Tout aussi éloquent, le sénateur Vial, le 1er octobre dans ces colonnes : « Il est celui dont la France a besoin. Barnier, c’est l’anti-Macron, une véritable incarnation de l’Etat, accompagnée d’un gouvernement qui gouvernera. Ce n’est ni par copinage, ni par amitié que je le dis, il correspond à nos besoins. Il y a dix ans, il n’avait sans doute pas le profil. Nous avons la chance » , poursuivait-il, « de savoir ce qu’il sait faire, on l’a vu avec l’organisation des Jeux Olympiques d’Albertville, Savoie Technolac. Il a été élu pendant près de 40 ans, je n’ai encore jamais croisé quelqu’un ici pour en dire du mal. Il n’est pas clivant bien que pas le personnage le plus connu ». Le plus gros coup du candidat à l’investiture ? Le soutien de Laurent Wauquiez, le président de la Région, dont on attendait la candidature, également sitôt sa réélection actée. Un soutien de poids qui fait néanmoins sourire Thierry Repentin : « Wauquiez sait que Michel Barnier ne sera jamais élu président, comme ça, après la défaite, il aura le champ libre pour devenir le véritable patron des Républicains ». Un soutien « réfléchi » , donc. Le maire chambérien ajoutant qu’il s’agissait « du combat de trop » pour l’ancien commissaire européen de 70 ans. Chef de file de l’opposition au Conseil général en 1998, il venait de battre Michel Dantin sur le fil, « Barnier était mécontent et m’a dit que ça ne se faisait pas », se remémore-t-il. Cependant, Thierry Repentin se souvient de débats « policés » avec lui, argumentés, et se rappelle de sa tendance « à diriger la Savoie comme s’il s’agissait d’un duché ». 

Le « French Joe Biden » face aux premiers tacles

Malgré le feu sacré qui semble animer le candidat de la droite, quelques incendies ont été allumés çà et là, histoire de semer le trouble voire d’intoxiquer, notamment autour de certaines valeurs chères à Michel Barnier : ainsi le site France Info révélait-il le 21 octobre dernier que son adhésion 2019 au parti n’avait pas été réglée. Sa dernière cotisation remontait ainsi au 8 juin 2018. Un cadre de LREM affirmait même qu’il « avait été prêt à rejoindre la majorité » et qu’il avait été « très gourmand… Parce qu’on n’a pas voulu lui donner la tête de liste aux européennes de 2019, il est retourné à LR ». Alors que l’une des raisons de sa popularité auprès des militants était bien cette constance et cette fidélité dont il se drape à loisir. Barnier s’est dit « loyal », a martelé qu’il était bien le candidat du rassemblement et du « respect des Français et des valeurs républicaines » , attaché au gaullisme depuis ses 15 ans, alors forcément, l’information faisait tache. Ces mêmes Marcheurs s’inquiètent désormais de ce candidat que personne n’a vu venir, le qualifiant de « French Joe Biden ». Lui a retourné la pique avec malice, « je peux me reconnaître dans sa persévérance et sa ténacité, cependant je suis beaucoup plus jeune que lui ».

Laurent Wauquiez, Cédric Vial et Michel Barnier.

Mis en cause suite à sa sortie critique sur l’Union Européenne et sa politique migratoire, il a été fermement soutenu par les siens. Le chantre de l’Europe qui cracherait sur l’institution qui a tant fait pour sa renommée ? Il s’agissait bel et bien d’un constat d’échec de l’Europe, selon Emilie Bonnivard : « Il faut entendre la colère et la défiance des peuples à l’égard de cette Europe. Les états n’avaient pas réussi à se mettre d’accord sur la politique migratoire laissant notamment les pays du Sud se débrouiller. Ce constat, il l’avait dressé bien avant le Brexit. Les frontières sont poreuses, les peuples le voient, tout échappe à l’UE et Michel Barnier veut seulement mettre un terme à ce qui échoue ». La mise en place d’un moratoire sur la question migratoire est l’une de ses mesures fortes (et les plus critiquées, elle le sera encore lors du premier débat des candidats LR le 8 novembre) : elle consistera en la mise en place d’une politique migratoire française face à laquelle les arrêtés européens ne s’appliqueront pas. Face aux pressions et aux attaques, lui ne vacillera pas.

« Je ne suis pas dans la repentance »

Les deux premiers débats entre candidats républicains**** ont confirmé son inclination à ne pas faire de grands effets d’annonce, il fut même, le 14 novembre, le seul à balayer une question concernant le vrai-faux candidat Zemmour, expliquant qu’il n’était pas là pour parler de lui ni pour commenter ses faits et gestes. Il a profité de ces deux premiers débats pour affiner ses propositions, notamment sur le plan de la sécurité. « Il propose de créer un ministère de l’Intérieur et de la sécurité publique, la construction de 20 000 places de prison supplémentaires et le recrutement de 250 postes de juges et de greffiers chaque année pendant cinq ans », écrivait le Parisien, le 8 novembre. Le natif de La Tronche en a profité pour tacler le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, « la sécurité est le principal échec de ce quinquennat ». Le Savoyard se veut le candidat de la décentralisation, afin de redonner aux collectivités les compétences qui leur reviennent. Maîtriser la dette, les dépenses publiques, etc. Il assure vouloir doubler le nombre d’heures de pratique du sport à l’école, installer des éoliennes s’il y a consensus, affirme la nécessité du recours au nucléaire, il est opposé au voile dans l’espace public, veut baisser les impôts de production, entend réformer le droit d’asile… Michel Barnier est sur tous les fronts… sauf sur celui du théâtral. Garant d’un état souverain et fier de ses racines, il a ainsi indiqué ne pas être « dans la repentance, je ne m’excuserai pas pour notre Histoire. Notre pays est un grand pays, avec une grande Histoire ». Imperturbable, comme figé, le regard minéral, Michel Barnier n’a trahi, les 8 et 14 novembre, nulle émotion, et si sa relative discrétion lors du premier débat n’avait échappé à personne, il s’est repris six jours plus tard, montrant plus de détermination et de mordant. Sans se départir de son flegme. On ne se refait pas.* Président du conseil général de Savoie en 1982, il y siégera jusqu’en 1999. Il avait été elu plus jeune député de France, à 27 ans, en 1978. Il fut quatre fois ministre : ministre de l’environnement en 1993 sous le gouvernement Balladur, ministre délégué aux affaires européennes en 1995, ministre des affaires étrangères en 2004/05 et ministre de l’agriculture et de la pêche entre 2007 et 2009. Sénateur de Savoie en 1997, il a ensuite effectué une énorme carrière à l’Union Européenne : commissaire européen à la politique régionale, de 1999 à 2004, conseiller spécial du président de la Commission, José Manuel Barroso en 2006, commissaire européen au marché intérieur et aux services, de 2010 à 2014, conseiller spécial pour la politique de défense et de sécurité auprès de la Commission européenne en 2015. Il candidatera sans succès à la présidence de la commission européenne en 2014 avant de devenir le négociateur en chef du Brexit entre 2016 et 2020. ** Avec 702 parrainages sur les 250 obligatoires (au 4 novembre) pour se présenter face aux militants, du 1er au 4 décembre 2021, Michel Barnier a coiffé tous ses adversaires au poteau. *** Les adhésions restent ouvertes jusqu’au 16 novembre. **** Il reste encore deux débats entre les cinq candidats à l’investiture LR avant le grand vote des militants, le 21 novembre sur Cnews et Europe 1, et le 30 novembre, soit la veille du premier tour du congrès, sur France 2.

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1 commentaire

Unknown

16/11/2021 à 14:37

on y croit. les 21 et 30/11 demarquez vous en force de vos concurrents. Mes amis attendent des interventions fortes. Donc pas
d hésitation. On y va car l on y croit tous.l on vous soutient

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