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Affaire Anna-Chloé : la mère de l’adolescente ne relâche pas la pression

Par Laura Campisano • Publié le 21/01/22

L’affaire « Anna-Chloé », du nom de la jeune collégienne blessée au visage le 15 décembre dernier dans la cour du collège Notre-Dame du Rocher à Chambéry se poursuit, tant dans les services enquêteurs que sur la scène médiatique : depuis nos articles des 3 et 4 janvier, de nouveaux éléments sont apparus et un rassemblement devant l’établissement scolaire a même eu lieu, vendredi 21 janvier, organisé par diverses associations grenobloises, sans obtenir le même écho que celui, spontané, qui a eu lieu à Paris, quatre jours après les faits. 

A Chambéry, l’histoire de cette jeune collégienne n’a pas vraiment mobilisé les foules, comme ce fut le cas place de la République à Paris le 19 décembre 2021, où artistes, collectifs et citoyens avaient répondu présent autour de Madeleine Mengue-Lunet, mère d’Anna-Chloé. Cette affaire, qui a occupé le devant de la scène médiatique durant les fêtes de fin d’année 2021 continue à battre des records d’audience lors des live internet, mais il semble que localement, le soutien ne soit pas au rendez-vous.

Un rassemblement organisé devant le collège… vidé de ses élèves et enseignants

A l’appel de cinq organisations grenobloises, le Front uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), le comité Traite Négrière et Esclavage, la Ligue panafricaine UMOJA, le Comité d’action sociale des outre mers de l’Isère ainsi que l’Action antifasciste Grenoble, un rassemblement avait lieu devant l’établissement scolaire vendredi 21 janvier à partir de 14 heures. Une quinzaine de personnes, dont de nombreux jeunes, étaient réunis, pancartes et t-shirts à l’effigie d’Anna-Chloé en évidence, pour soutenir Madeleine Mengue-Lunet, toujours aussi active dans ses sollicitations, en direct sur les réseaux sociaux et en personne devant le collège Notre-Dame du Rocher, où devaient avoir lieu, cet après-midi-là, les épreuves du brevet blanc. Surprise pour les manifestants, l’établissement était vide, les épreuves avaient en effet été délocalisées dans un autre collège chambérien, pour éviter tout débordement, bien que la mère d’Anna-Chloé, elle-même, dans une vidéo postée sur les réseaux le 20 janvier, ait précisé qu’il s’agissait d’un rassemblement pacifique.
Le but de ce rassemblement ? Obtenir les vidéos de surveillance, pour voir ce qui s’était passé ce funeste 15 décembre 2021, à l’endroit où le visage de sa fille a violemment heurté un banc en métal dans la cour. Personne pour lui répondre ? Qu’à cela ne tienne, « la prochaine fois, nous viendrons sans prévenir », scanda-t-elle en direct sur les écrans et devant le collège, « pourquoi ne veulent-ils pas montrer ces images, si ce n’est pour protéger le harceleur de ma fille ? »  Quand on lui précise que ces caméras, aux dires du chef d’établissement, n’enregistrent pas, elle oppose que « l’école ne veut pas collaborer, j’ai signé une charte en début d’année, si ces caméras n’enregistrent pas, cela signifie qu’on nous ment alors ? On se moque de nous ? Pourquoi signer cette charte dans ce cas ? » Sans décolérer, les voilà, elle et ses soutiens, grimper la côte pour rejoindre les grilles du collège, demander justice, encore une fois. Une justice entre les mains du procureur de Chambéry, qui ne va jusqu’ici pas dans son sens : « Le procureur, je ne veux pas s’exprimer à ce sujet car dès le départ il a pris position avant même que ma fille n’ait été entendue, il a mal fait son travail », expose-t-elle, faisant écho aux propos de son conseil, « moi-même je n’ai pas été entendue, je ne lâcherai rien. » Nous lui expliquons que l’affaire peut être classée sans suite, si aucune preuve ne vient accréditer la thèse qu’elle soutient, que sa fille a été poussée « j’irai plus haut, jusqu’au bout s’il le faut, » assène-t-elle.

Une version des faits enrichie, sur les réseaux

Une chose est sûre, l’affaire suit son cours, et ce même si Madeleine Mengue-Lunet déplore « n’avoir aucune nouvelle » ni elle, ni ses deux avocats, Fabien Ngoumou et Mourad Battikh. Sur les réseaux sociaux, après avoir relayé la rencontre d’Anna-Chloé avec le chanteur Dadju, lui assurant de son soutien, la maman de la jeune fille a donné davantage de détails sur la version des faits entourant le 15 décembre, qu’elle nous a confirmés « Quand j’ai voulu prévenir l’école des insultes que ma fille subissait, personne n’a voulu me répondre, la seule fois où j’ai eu une réponse c’est quand ma fille s’est défendue face à une camarade qui lui avait adressé des propos racistes », reprend-elle, « suite à cela ma fille a été exclue trois jours, puis le proviseur est revenu sur cette exclusion. » Cette camarade – qualifiée de « petite bourgeoise » sur l’une des vidéos live – à l’origine de l’exclusion d’Anna-Chloé, des dires de Madeleine Lunet, est celle-la même qui aurait déposé plainte contre Anna-Chloé, pour des menaces de mort exprimées sur Snapchat. Est-elle impliquée dans la chute de la jeune fille ? « Je dirais que je ne sais pas », reconnaît Madeleine Lunet, « je n’étais pas sur les lieux, ma fille est tombée au sol et ne sait pas qui l’a poussée, elle ne s’est pas retournée pour regarder, tout ce qu’elle a vu c’est le sang qui coulait de partout sur elle. » En tout cas, les noms de ses harceleurs présumés, Anna-Chloé les aurait communiqués à sa mère, et aux enquêteurs. Ont-ils été entendus ? Pour le moment, les éléments qui nous ont été rapportés ne vont pas dans le sens de cette version, alors même que Mourad Battikh avait annoncé sur le plateau de Cyril Hanouna que des témoins étaient à la disposition de la justice pour soutenir le harcèlement dont était victime la collégienne depuis la rentrée. Seule l’enquête permettra de le déterminer.

« Je n’arrêterai pas, j’irai jusqu’au bout, même le Président Macron dit qu’il ne faut rien lâcher face au harcèlement »

Quid des images de vidéo-surveillance ? Nous pensions avoir la réponse, quand l’établissement par la voix de son conseil avait fait valoir que les caméras étant obsolètes, il était impossible d’en tirer quoi que ce soit. Sur le site de la CNIL, est précisé que « seules les personnes habilitées dans le cadre de leurs fonctions (par exemple : le chef d’établissement), peuvent visionner les images enregistrées. Ces personnes doivent être particulièrement formées et sensibilisées aux règles encadrant les systèmes de vidéosurveillance. L’accès aux images doit être sécurisé pour éviter que tout le monde ne puisse les visionner. » précisant que « le responsable du dispositif doit définir la durée de conservation des images issues des caméras. Cette durée doit être en lien avec l’objectif poursuivi par les caméras. En principe, cette durée n’excède pas un mois. » Interrogée sur ce cas particulier, la CNIL a rappelé sa position constante quant à la vidéo-surveillance des cours de récréation : « Une cour de récréation est un lieu de vie qui ne peut donc pas être filmé par des caméras de vidéo-protection en continu, car cela porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée, »  avant d’ajouter que « les responsables légaux bénéficient d’un droit d’accès aux images de la vidéosurveillance : en principe, la mère a donc accès aux images. » « Sur l’écrasement, la durée de conservation doit être fixée au préalable par le responsable de traitement. La CNIL considère qu’elle ne doit pas dépasser un mois, et qu’en général, quelques jours suffisent. Dans ce cas précis, nous n’avons pas d’élément sur la durée de conservation qui avait été prévue au préalable, rien n’empêche qu’elle ne soit que de 24h. » Un partout, balle au centre. Reste à déterminer si ces images ont ou non été filmées, consignées dans un cahier spécifique, et si, en saisissant la CNIL, par exemple, il serait possible de savoir si le dispositif fonctionne correctement ou s’il est effectivement obsolète.Dans le même temps, les live Facebook se succèdent, Anna-Chloé a repris le chemin de l’école « dans un établissement où les élèves sont bienveillants » bien que mère et fille expriment la crainte que « ce problème se répète, le matin même elle avait peur d’y aller. » confiait Madeleine, malgré l’hyper-médiatisation de la jeune fille. « Cela se passe bien, pour l’instant, nous avons eu une réunion avec le chef de l’établissement, qui est informé de la situation. » En live, Madeleine a perdu plusieurs fois son sang-froid sur cette affaire qui déchaîne les passions – lorsqu’elle affirme que sa plainte initiale avait d’abord été classée sans suite puis rouverte sur demande du ministère de l’Education nationale, ce qui n’est pas confirmé à ce jour – ajoutant à l’histoire de sa fille, la crainte d’une issue fatale à cause du harcèlement scolaire, comme la jeune Noëla, âgée de 11 ans comme sa fille et qui a mis fin à ses jours le 13 janvier 2022. « Je ne lâcherai rien, j’irai jusqu’au bout, même le Président Macron a dit qu’il ne fallait rien lâcher face au harcèlement ». explosait Madeleine, qui invoquait tant l’évêque, resté muet alors que l’établissement est catholique, le chef de l’Etat, et toute personne en mesure d’apporter son soutien. « La vérité va sortir » , prophétisait-elle, « les enfants ne savent pas mentir » , persuadée que la parole des enfants auditionnés jusqu’ici avait été « orientée ». En attendant, la mère d’Anna-Chloé soutient que sa fille demeure toujours victime de harcèlement, incessant depuis les faits.Derrière l’écran, toujours plus de suiveurs, mais devant le collège, une heure après le début du rassemblement, pas davantage de mobilisation. En attendant les conclusions du Parquet, qui ne devraient plus tarder.

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2 commentaires

paul

23/01/2022 à 08:21

Elle en appelle au "ROI" Macron , pour obtenir la justice ... SA JUSTICE ! Celle qui ira dans son sens,
pas celle de la vérité

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Bernard Gindre

23/03/2022 à 01:28

https://www.francebleu.fr/infos/societe/chambery-la-plainte-de-la-famille-d-anna-chloe-classee-sans-suite-1647965723

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