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Montagnole : méconnu, précieux, nécessaire, le centre de soins pour animaux sauvages

Par Jérôme Bois • Publié le 11/03/22

De la Savoie à ses plus proches voisines, le centre de soins pour animaux sauvages le Tetras libre – anciennement centre de sauvegarde de la faune sauvage – rayonne, au même titre que la centaine de centres de soins répertoriés en France. Un rayonnement dont on signalerait volontiers la lumière s’il n’était question de soigner des animaux le plus souvent blessés par l’homme. Nécessaire, son travail est d’ombre, méconnu. Il devait être révélé, lors d’une visite avec des élus de Chambéry. 

La couveuse, avec le petit lièvre à l’intérieur

C’était un vendredi de février, frisquet. Le refuge ne déborde pas, la période est à l’hibernation pour bon nombre d’espèces. Seuls quelques hérissons et oiseaux occupent l’attention des bénévoles et des trois salariés du Tétras Libre. Cependant, le stagiaire en charge de la permanence téléphonique continue inlassablement de recevoir les coups de fil de particuliers confrontés à des animaux en détresse. « Il y a de la pédagogie à faire parce que la plupart du temps, il convient de ne pas toucher à des animaux au sol, beaucoup d’espèces font leur émancipation au sol et c’est par conséquent normal qu’ils soient là » , résume Marie-Sophie Saintillan, secrétaire du centre. La tentation est grande de les toucher, les transporter en lieu sûr. Le contact et l’odeur laissée par l’empreinte humaine peuvent néanmoins signer leur trépas. Alors oui, appeler est important avant de s’aventurer à la moindre manipulation. Durant la matinée, entre coups de fil et soins, une personne apporte une pipistrelle. A terre et incapable de s’envoler, elle risque l’euthanasie si l’une de ses phalanges venait à être cassée. Dans la salle de bains, à l’étage, une mouette qui a perdu son étanchéité est isolée. En salle de quarantaine, un hérisson porteur de la gale, soigné. Enfin, un levraut est en couveuse avant d’être placé dans un autre centre de soins afin qu’il y grandisse avec ses congénères. Les cuisines nous laisseront un goût beaucoup plus acide, « souvent les bénévoles se rendent compte qu’il y a des choses qu’ils ne peuvent pas faire » , sourit la secrétaire. En effet, outre les vers de farine grouillants, la vue des récipients remplis de moitiés de poussins et de souris impose de prendre sur soi. Ainsi va la vie au Tétras Libre. Parfois ça passe, parfois non…La visite des lieux avec des élus de Chambéry* et des membres du personnel municipal avait valeur de découverte, déjà pour mesurer ces dégâts invisibles causés sur la faune et aussi en vue de créer des partenariats**. Car les collectivités sont elles aussi confrontées à des animaux en détresse et n’a pas toujours les éléments pour agir au mieux, tandis que la cause animale est toujours plus prégnante auprès du grand public, qui souhaiterait voir ce thème s’inviter à l’élection présidentielle.

Dons, mécénat, collectes et adhésions, pour survivre

Toujours plus de soins car toujours plus d’animaux reçus

C’est en 2015 que l’association a vu le jour avec en parallèle la mise en place de la ligne de médiation téléphonique pour organiser le rapatriement des animaux en détresse vers les centres de soins de la région. Il faudra attendre quatre ans et une convention de dix ans passée avec l’entreprise Vicat pour obtenir un terrain et un bâtiment à Montagnole ; le centre pouvait dès lors s’organiser concrètement, il ouvrira de mai jusqu’en septembre 2020 avant une période de travaux pour augmenter sa capacité d’accueil. Lors de cette période de cinq mois, le centre recevra 3 500 appels et accueillera 920 animaux. Sa réouverture surviendra en avril 2021 et déjà, il apparaît que de nombreux aménagements sont à venir. Et depuis un an, on dénombre 1 300 accueils et 4 200 appels. Clairement, le Tétras Libre a trouvé sa juste place, entre le centre de l’Hirondelle, près de Lyon et du Trichodrome, en Isère. Il fonctionne via les dons, les adhésions à l’association et le mécénat. Aujourd’hui, le centre est en quête de subventions de fonctionnement, pour l’alimentation, les coûts d’entretien, les médicaments… « Nous étions partis de rien » , rappelle Marie-Sophie Saintillan, « les travaux ont été permis par des subventions d’investissements » , c’est donc la pérennité du site qui est en jeu. Quelques collectes réalisées auprès des animaleries, du Jardin des Plantes et à Chamnord permettent enfin de combler les vides en termes de matériel et de nourriture. Le centre hospitalier de Chambéry a ainsi donné pour 10 000 euros de matériel.Aux côtés du Tétras Libre et de l’ensemble des centres de soins de France, un réseau de 35 000 vétérinaires fait office de relais afin de réaliser des interventions que les centres ne sont pas habilités à réaliser. « Nous sommes soigneurs, pas vétérinaires » , insiste Florine Coulon, référente médiation, « nous ne faisons ni chirurgie ni euthanasie. Leur aide est bénévole, il faut le préciser ». Un maillage précieux sur l’ensemble de l’Hexagone.

1 300 animaux accueillis en 2021

Le jardin aromatique et les deux rangées de box de part et d’autres

La ligne de médiation a rapidement trouvé sa place car cette pédagogie, indispensable à la survie de certaines espèces, est entendue, « les gens ont le réflexe d’appeler avant de venir avec l’animal » , rassure Marie-Sophie Saintillan. Les manipuler sans avoir de repères pourrait être désastreux pour l’animal blessé. Sans compter que récupérer l’animal pour son propre loisir est plus que déconseillé car pour rappel, la loi limite la détention de faune sauvage captive et interdit la détention d’espèces protégées. Fort heureusement.
Pour 40% des cas, les causes de blessures sont dues à l’homme (prédation, collision trafic routier, choc vitre, activités humaines, dénichages, élagage…) et 6%, dues à des causes naturelles (parasites, maladies, malformations…). Par conséquent, 54% des causes demeurent inconnues. En 2021, sur les 1 300 animaux accueillis, 57% étaient des espèces protégées. La répartition était la suivante : 70% d’oiseaux, 30% de mammifères. Les hérissons sont les espèces les plus fréquemment apportées, devant les petits oiseaux (passereaux, martinets..) et loin devant les gros mammifères (blaireaux, renards…). Le 5 mars dernier, des ambassadeurs de la marque Savoie-Mont-Blanc sont venus aider à monter des volières, l’une des trois caves est en cours d’aménagement pour accueillir les grands et moyens mammifères en convalescence, les deux rangées des box extérieurs sont réservées aux grands oiseaux pour l’une et aux petits et moyens mammifères pour l’autre. Entre les deux, un jardin de plantes aromatiques destinées à soigner les animaux. En contrebas, quatre parcs abritent les grands mammifères comme ces deux chevreuils que nous ne verrons jamais, protégés des hommes et des randonneurs par de grandes bâches. Une vie s’éveille, parfois, se réveille, souvent, renaît, aussi dans ce drôle de refuge où l’animal est choyé, soigné pour qu’il regagne la nature qu’il n’aurait jamais dû quitter.

* Étaient présents Jimmy Baabaa, adjoint à la transition écologique, Claudine Bonilla, adjointe de quartier Bissy, déléguée au cadre de vie, à l’environnement et à la biodiversité, Benjamin Louis, adjoint de quartier Centre-ville délégué à l’innovation et au numérique et Sabrina Haerinck, conseillère municipale déléguée à la lutte contre les précarités et à la protection des animaux et du vivant.
** Pour proposer de la sensibilisation auprès du grand public sur les bons gestes à adopter lors de rencontres avec la faune sauvage, à l’occasion d’événements type semaine de la nature en ville et de l’information sur la possibilité de devenir bénévole ou donateur…


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