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Législatives : Manon Deruem, de retour parmi les siens

Par Jérôme Bois • Publié le 10/05/22

La première circonscription de Savoie pourrait bien n’être qu’une affaire de femmes puisque Marina Ferrari (majorité présidentielle), probablement Typhanie Degois, Christel Granata pour la nouvelle union populaire (Nupes) et Manon Deruem, locale de l’étape, là aussi, mais longtemps exilée sous d’autres cieux et près d’autres montagnes, sont en passe de s’affronter, en attendant de prochaines candidatures. Âgée de 28 ans, cette cheffe d’entreprise est récemment revenue sur ses terres avec plaisir et entrain pour ancrer le RN sur un territoire qui s’est longtemps détourné de lui.

Un samedi de printemps, où quelques nuages gris moutonnent et peinent à exister face au soleil dominant. C’était un jour où tout est limpide, où les sourires et les ambitions s’entremêlent joyeusement, où l’atmosphère légère du parc de Verdure permet d’oublier le temps d’un échange l’immense tâche qui lui revient… Manon Deruem est officiellement investie, candidate du Rassemblement national sur la 1ère circonscription de Savoie et ce ne sera pas une mince affaire.  Car historiquement, du FN au RN, les diverses tentatives d’intrusion ici-bas ont échoué, aucune percée significative n’est venue troubler la sereine mainmise d’une droite bien sur ses appuis. Véronique Drapeau et Serge Gathier avaient obtenu deux postes au conseil municipal entre 2014 et 2020, l’une et l’autre disparaîtront rapidement de la scène politique locale et seuls quelques résistants d’une époque révolue, celle de Jean-Marie, viennent rappeler de temps à autres que le RN possède encore quelques forces vives.

Deux candidates pour conquérir un territoire peu hospitalier pour le RN

« On part d’une page blanche, Aix a toujours été un territoire compliqué. Peut-être fallait-il seulement la bonne personne au bon moment, sourit Brice Bernard, je souhaite aller vers un enracinement de nos personnalités ». La nouvelle recrue, tout récemment encartée, a donc du pain sur la planche mais sa détermination se lit sous son franc sourire.

« On a toujours fait confiance aux jeunes »

Les temps ont changé, quand jadis la flamme bleue et rouge se dissimulait sous le manteau, l’appartenance au RN s’affiche maintenant fièrement, le parti n’est plus un tabou mais une réalité, partout en Savoie, il progresse. « Avant, se souvient Viviane Rault, suppléante de Manon Deruem, on allait coller la nuit, dès qu’on croisait d’autres militants ça pouvait vite devenir difficile. Maintenant, ça a changé on dialogue, on nous pose des questions ». La nouvelle vague savoyarde démontre bien que les regards sur le RN ont évolué et que la jeunesse est devenue sa principale force puisqu’à eux quatre, les candidats Marie Dauchy (3e), Brice Bernard (2e), Rémi Garnier (4e) et donc Manon Deruem affichent une moyenne d’âge de 34 ans. « On a toujours fait confiance aux jeunes, explique Brice Bernard, ils apportent des idées neuves, ils sont volontaires et ont un œil critique sur ce qui les entoure ». Déjà lors des dernières départementales, le RN avait placé quelques minots dans la place, pour se faire les dents.

Un an seulement après avoir posé ses valises – définitivement ? – à Aix-les-Bains, elle bat déjà la campagne. Nouvelle venue sur le pré politique, elle n’est pourtant pas une étrangère : née à Issoire, dans le Puy-de-Dôme, elle n’en demeure pas moins savoyarde (presque) pur beurre, avec des racines de Yenne à la Haute-Savoie jusqu’à, évidemment, Aix-les-Bains, d’où elle garde des souvenirs puissants. « J’ai passé mon enfance sur les bords du lac, j’ai toujours aimé avoir tout sous la main, du lac aux montagnes », explique cette entrepreneuse de 28 ans, qui vient de passer 9 ans à Montpellier dans le cadre de ses études et de son entreprise, dans le secteur de l’automobile. C’était le bon moment, pour elle, de revenir s’investir. « J’aime créer, développer des choses, souligne-t-elle, j’aime trouver des idées » , en témoigne son attrait pour l’aménagement d’intérieur, l’un de ses dadas, et la cuisine. Il en faudra, de la créativité, pour faire vivre le RN qu’elle suit avec assiduité depuis qu’elle est en âge de voter. « Je vote RN depuis mes 18 ans, je n’avais pas envie d’être encartée car n’avais pas assez de disponibilités mais là, c’est le bon moment. Je parlais un peu de politique autour de moi mais sans faire de militantisme ». Candidate aux départementales sur le Puy-de-Dôme où elle côtoiera Brice Bernard, la voici désormais aux avant-postes. « Je compte défendre le localisme, l’environnement » et un sujet qui lui tient à cœur, pour en être elle-même victime, l’endométriose. « Marie Dauchy* avait déjà demandé, à la Région, la création d’un vrai centre comme il n’en existe qu’à Reims et Bordeaux, même Laurent Wauquiez a reconnu que financer une maison de santé sur le dépistage de l’endométriose était une bonne idée. Sinon, il ne reste que le privé ». Un combat de longue haleine pour un mal encore méconnu mais qui touche d’une à deux femmes sur 10.

« Je crois fermement en mes chances »

Attachée également à la cause animale – elle a possédé tortues, lapins, chats, chiens… – elle défend le projet de création d’une constitution spécifique pour les animaux chère à Marine Le Pen ainsi qu’elle s’oppose à l’abattage rituel sans étourdissement. Accompagnée de Viviane Rault, trésorière de la fédération, « une personne humaine, humble » , dotée d’un grand sens de l’organisation et depuis longtemps pilier du RN Savoie, Manon Deruem se donne toutes les cartes pour tenter d’ancrer le vote lepeniste sur une circo encore farouche. « L’avenir est à la jeunesse, plaide sa suppléante, elle va se battre avec énergie pour le parti, Manon sait ce qu’elle veut, elle ne reste pas les deux pieds dans le même sabot. Je suis très contente de l’aider dans cette tâche ».

Replacer le RN sur la 1re circonscription

Allier entreprise, vie personnelle et engagement politique sera une lourde tâche mais la voici portée par la certitude de bien faire, sur son territoire de surcroît : « Je ne serai pas allée sur une autre circonscription » , lance-t-elle. « L’enracinement, ça paie » , abonde Brice Bernard, faisant l’analogie avec Marie Dauchy, fermement accrochée à la Maurienne où les scores du RN explosent. « Nos adhérents sont de bons militants, et nous avons de bons candidats ».

De La Motte-Servolex à Yenne, d’Aix-les-Bains à Pont-de-Beauvoisin, Manon Deruem va s’atteler à rassembler les énergies, à justifier les 20 000 électeurs supplémentaires gagnés entre 2017 et 2022 en Savoie sur fond de défiance « envers un président » qu’elle dit « impopulaire ». « Nous ferons une campagne de terrain, celle qui nous a réussi pour la présidentielle. Le porte-à-porte, les marchés, moins de réunions publiques », une formule bien utilisée par la concurrence. « Je m’engage à me battre contre le mépris de notre gouvernement à l’égard des Français, assène-t-elle, je crois fermement en mes chances, les Républicains ont quasiment disparu, Reconquête est trop neuf et Renaissance ne doit pas avoir les pleins pouvoirs ». Indiscutablement, elle ne doute pas.

* Marie Dauchy a déposé en mars dernier un amendement visant à « densifier le maillage du territoire régional en maisons, centres, pôles santé et maisons médicales spécialisées dans l’endométriose » car il n’y a qu’un seul centre à Lyon et aucun en Auvergne. En dépit de la reconnaissance de l’endométriose comme maladie longue durée, invalidante pour 70% des femmes qui en souffrent. « Il n’existe en France qu’un seul centre de dépistage précoce et pluridisciplinaire, à Rouen, pourquoi ne pas en ouvrir un deuxième au Auvergne Rhône-Alpes » , avait conclu l’élue.

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