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Législatives : Christian Roussel, l’éveil citoyen

Par Jérôme Bois • Publié le 10/06/22

Conseiller municipal sur Tresserve depuis 2020, Christian Roussel n’a pas toujours été un électron libre sur l’échiquier politique local : jadis sympathisant En Marche, soutien de la candidature de Typhanie Degois, dont il tient l’action en haute estime, il a depuis pris ses distances avec la Macronie, pour promesses non tenues. Le voici candidat sur la 1re circonscription. Son mantra, inviter et inciter au débat et participer à un éveil citoyen.

Tardivement déclaré, Christian Roussel a été titillé par cette perspective, sans trop savoir quelle suite lui donner. Et puis allez, quitte à faire bouger les lignes, autant y aller jusqu’au bout. Et il y a quelques jours, alors que les candidatures devaient être signifiées en Préfecture, le conseiller municipal de Tresserve, élu en 2020, s’est lancé dans une courte aventure, « pour remettre le citoyen au cœur de l’action publique ».

Christian Roussel et Sandra Prager, candidats libres…

On les connaît, ces ritournelles… Impliquer le citoyen jusqu’à la prise de décision finale sur les grands sujets, ils sont nombreux à nous l’avoir vendu, très peu à l’avoir mis en place. Emmanuel Macron, aux dires de l’intéressé, était de ceux-là. « Je faisais partie d’En Marche, en 2017 parce qu’il voulait remettre le citoyen au cœur du jeu. J’ai participé aux comités En Marche, j’y ai cru » … Et puis patatras, tout s’écroule. « Il y avait pourtant des gens de tous horizons, dans ce mouvement, mais on s’est vite aperçu que les comités allaient rapidement être abandonnés ». Une fois élu, la décentralisation promise n’eut jamais lieu. « Typhanie Degois l’a exprimé dans sa lettre aux habitants, l’Assemblée nationale n’était qu’une chambre d’enregistrement ». Le parisianisme avait vaincu. Le grand débat de 2019 ? « Une supercherie ». Lapidaire.

Eviter une crise démocratique profonde

La déception digérée, il restait à savoir quoi faire de ces envies d’éveil citoyen. En 2020, il monte la liste « Unis pour Tresserve », face à l’indéboulonnable Jean-Claude Loiseau. Une liste hors appareils, hors système, dont l’une des grandes lignes était déjà le renforcement de la démocratie locale, par des consultations en ligne, des réunions publiques régulières, la retransmission du conseil municipal… Pas étonnant, dès lors, qu’on le retrouve deux ans plus tard avec la même ferveur et les mêmes idéaux. « Je suis un candidat de l’éveil citoyen pour éviter une crise démocratique profonde. En impliquant le citoyen, poursuit-il, on l’oblige à prendre part au débat. On entend dire les politiques que les Français sont intelligents mais manifestement pas assez pour les faire participer pleinement à la vie publique. Or, nous avons besoin de ce renouveau démocratique ». Sur les réseaux sociaux, il mentionne un sondage Ifop daté de décembre 2021 qui indique que « l’immense majorité des français, 84%, souhaite que les citoyens prennent une part plus importante dans le processus de prise de décision politique ». 54% d’entre eux jugent en outre que la démocratie ne fonctionne pas bien en France.

Un positionnement général qui n’est pas sans nous évoquer celui d’Albin Guillaud, sur la 4e circonscription, candidat d’Espoir Ric 2022, qui croit en une intelligence collective sur les grands sujets soumis à référendum. « Les faire participer, par exemple, à la réforme des retraites, ce serait intéressant ». Il va plus loin : « Nous vivons dans une société très tendue, pour la pacifier, un seul moyen, la décentralisation ». Ou la fin du parisianisme.

La Chine, Rousseau, Sartre et le peuple

Licencié en philosophie, Christian Roussel, 56 ans, avait été interrogé, lors de ses études, sur le peuple et la question de savoir s’il était mûr pour la démocratie. Une question que la Chine ne se pose guère, son élite tout du moins. Car beaucoup d’intellectuels estiment que la démocratie ne viendra seulement que lorsque le peuple sera prêt. Et selon un article du Monde Diplomatique de mars 2017 (à consulter ici), l’élévation n’est pas pour demain. « Peut-être que les gens ont peur d’exercer leur liberté, sourit Christian Roussel, ça crée une forme d’angoisse. Jean-Paul Sartre disait que c’est dans l’angoisse que l’homme prend conscience de sa liberté. C’est un travail qui ne se fera pas du jour au lendemain. Oui, il faut soit éveiller le peuple d’abord, soit lui donner des responsabilités afin de l’éveiller ». Lui pencherait pour la deuxième option, « je suis convaincu que l’on peut faire l’essai sur certaines lois. J’entends, en en discutant, que beaucoup souhaitent être associés aux décisions politiques. Or, je pense que les politiques ont peur. » Car rien de tel pour minorer l’impact décisionnaire du politique, élu pour décider, pas pour consulter.

Dans un pays où une partie de la population est attachée à rechercher l’homme providentiel, « il peut y avoir l’émergence d’une intelligence collective, en redonnant du pouvoir de démocratie directe. En Suisse, ça fonctionne bien, cela crée des responsabilités dans un Etat infantilisant et déresponsabilisant. On a , dans ce contexte, moins de capacité à penser par soi-même ». Il cite Jean-Jacques Rousseau, dont la sentence tirée du Contrat social – « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » – tend à démontrer que l’on n’est jamais aussi libre que lorsqu’on décide pour soi. Ouvrir le débat, l’argumenter, accepter le désaccord font partie de ces principes élémentaires que le candidat veut remettre dans une vie publique aux parois épaisses. « En fait, on voit bien que même si les gens disent ne pas aimer la politique, ils la pratiquent tous. Ils ne s’estiment pas intéressés mais ils en parlent » , souffle-t-il. Le désamour se situerait plus du côté des hommes politiques eux-mêmes, finalement.

Sans étiquette, sans parti derrière lui, il se décrit comme un « libéraliste humaniste » , désireux d’une démocratie des origines, athénienne, « un exemple pas parfait car les femmes ne participaient pas à la vie de la cité » , à la fois exclues des assemblées et de l’exercice des magistratures, mais dans lequel il fallait être porteur de responsabilités publiques pour devenir citoyen à part entière. Un souhait qu’il ne voit pas comme utopique et ce en dépit de ses maigres chances de l’emporter dimanche 12 juin. « Gagner ? Non. Mais amorcer le débat sur cette problématique est déjà un pas ». Parti tardivement avec sa suppléante, Sandra Prager, Christian Roussel ne prend qu’un risque, financier, car son idée, elle, si elle a pu germer dans l’esprit de quelques-uns, aura eu le mérite d’exister. Pour tendre vers un citoyen plus responsable. Et s’il peut faire que cette graine germe dès l’école « où les savoirs fondamentaux sont à revoir » , alors « on renforcera la capacité des gens à s’élever ».

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