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La Ravoire : pourquoi le groupe Ecoexistons a quitté le conseil en pleine séance

Par Jérôme Bois • Publié le 20/09/22

Séance de rentrée pour le conseil municipal ravoirien, confronté à un ordre du jour assez léger. La durée de la séance de ce 19 septembre (1h20 environ) en atteste. Sauf qu’un incident, assez inhabituel pour être signalé, est venu émailler cette doucette fin de journée, lorsque le groupe minoritaire Ecoexistons à La Ravoire a tout simplement quitté l’assemblée en cours de séance, après qu’a été voté le renouvellement des délégués du syndicat intercommunal de la jeunesse du canton de La Ravoire, ex Sivu. Un renouvellement qui excluait Viviane Coquillaux, cheffe de file d’Ecoexistons, renvoyée à un simple rôle de suppléante, malgré 8 années de présence assidue.

Parfois, un simple acte suffit à chambouler le bon ordonnancement des choses, un simple vote, sinon, comme celui qui a permis, lundi 19 septembre, le renouvellement du conseil syndical du SI de la jeunesse du canton de La Ravoire (qui rassemble les communes de Challes-les-Eaux, La Ravoire, Saint-Jeoire-Prieuré, Saint-Baldoph et Barberaz), ex Sivu, après la demande, obtenue d’un commun accord avec son maire, de Morvarid Vincent de « ne plus prendre en charge la délégation des affaires scolaires, enfance et jeunesse, pour des motifs personnels et professionnels » , indiquait Alexandre Gennaro en préambule. Une délégation qui échut à Emilie Médard, Morvarid Vincent demeurant toutefois conseillère municipale déléguée au quartier Vallon-Fleuri / le Genetais. Sauf que ce changement allait de fait occasionner de légères modifications parmi les délégués titulaires du SI jeunesse. Et certains conseillers n’ont pas apprécié la chose.

Viviane Coquillaux rétrogradée

Le maire ne manqua pourtant pas de saluer Viviane Coquillaux « pour ces deux années » de présence au sein du Sivu « à représenter le conseil municipal ». Seulement, par « souci d’efficacité et de suivi des dossiers » , la voici rétrogradée au profit d’une élue de la majorité, ce qui ne fut pas vraiment à son goût on y reviendra.

Des sièges vides après les départ des trois conseillers municipaux d’Ecoexistons.

« Il nous est plus que nécessaire de nommer les représentants précités pour que l’on puisse avancer sur les dossiers ». Motif avancé, le gros sujet à venir autour des arts vivants ; l’école de musique (Ondes & notes, NDLR) « qui opère sur notre territoire est basée au château de Bressieux, et ils vont devoir laisser ces locaux, récupérés par leurs propriétaires. La compétence des arts vivants étant déléguée pour notre canton à l’échelle du Sivu jeunesse, il est plus que nécessaire que notre représentante, élue en charge des arts vivants, puisse y siéger ». Bienvenue, donc, à Cécile Rybakowsky, ladite élue déléguée, et donc à Emilie Médard, en charge, depuis le retrait de Morvarid Vincent, de l’enfance, la jeunesse et des affaires scolaires.

Du côté d’Ecoexistons, exit Viviane Coquillaux dont les louanges adressées par le maire n’ont fait que lui effleurer l’épiderme, au point de rappeler que « depuis huit ans » , elle siégeait au Sivu, et non deux. « Vous avez l’art et la manière de vous faire des amis, en ce qui concerne les minorités puisque vous avez depuis le début de votre mandat fait œuvre de suppression de représentativité de la minorité comme peu de vos prédécesseurs avaient pu le faire ». Elle qualifiait ainsi son éviction comme étant « une proposition juridiquement et réglementairement recevable mais moralement intolérable et révoltante ». L’élue s’interrogea en premier lieu sur l’opportunité de nommer Cécile Rybakowsky au Sivu, en sa qualité de membre du conseil d’administration de l’école de musique et de présidente de l’Amej (le centre d’animation socioculturel, NDLR) et « le risque de conflit d’intérêt » qui pouvait en découler. « Quel intérêt de nommer une personne qui va devoir s’abstenir de voter des questions qui concernent ces sujets-là ? C’est difficile d’être juge et partie ».

Les minorités d’une seule voix

Elle jugeait, dans un second temps, l’argument des arts vivants comme « surprenant » au motif que les arts vivants, « aujourd’hui, c’est avant tout l’école de musique ». Or, « la commune s’est exclue du syndicat sur la gestion des aides financières à destination de l’école de musique. Elle a été la seule parmi les cinq communes à ne pas souhaiter que la compétence des arts vivants relève du syndicat. Donc je trouve votre argument un petit peu surprenant ».

Enfin, Viviane Coquillaux rappelait qu’en huit ans, elle n’avait jamais « vu de suppléant siéger car lorsqu’un titulaire est absent, il donne un pouvoir et le suppléant n’est jamais au courant qu’un délégué est manquant ». L’élue d’Ecoexistons fit appel à la mémoire et au deuxième conseil de cette mandature en juillet 2020, lorsqu’un premier affrontement avait opposé majorité et minorités autour des indemnités aux élus. « Vous disiez alors que s’il y a travail et assiduité, il y a récompense. Or, votre démarche consiste à n’accorder des pouvoirs qu’à un cercle restreint, cela pose question ». Frédéric Bret, lui, parla de « double peine » , à subir « le choix personnel d’une élue » et à se retrouver avec un élu supplémentaire de la majorité parmi les délégués titulaires de ce syndicat intercommunal, « un exercice pas cool. La diversité n’est pas représentée, c’est une première que les minorités n’aient pas de membres titulaires. Viviane Coquillaux a toujours été présente et active ».

Séance écourtée pour Viviane Coquillaux et Yannick Boireaud

Yannick Boireaud, d’Ecoexistons, se disait « désabusé » alors que selon lui, « Viviane était plus présente que le président du Sivu, qui est rémunéré pour cela. Ca s’inscrit dans quelque chose de plus large, poursuivait-il, je ne vois pas d’amélioration factuelle dans la considération accordée aux minorités : je vois des régressions, pas d’amélioration ».

Un départ et un sourire

« Quand on veut obtenir des choses de personnes en face de soi, il faut d’abord savoir se les appliquer à soi-même » , ajusta Alexandre Gennaro. En effet, la désignation de Philippe Pouchain, membre du CCAS et administrateur de l’Amej, en lieu et place de Marie-Hélène Menessier au sein du conseil « n’a entraîné aucune remarque de votre part sur son cas. Quant au fait que les suppléants ne serviraient à rien, je vous invite à laisser vos places, je pourrais alors les réserver à des élus qui en ont fait la demande. Nous aurions des gens motivés ». Le maire soulignait enfin qu’aucune autre commune du canton « n’accordait autant de place aux élus des minorités. Nous aurions pu, en début de mandat, appliquer strictement la réglementation, à savoir la proportionnelle, et vous n’auriez eu, chacun, qu’un élu par commission. Des minorités mal traitées ? J’ai du mal à la croire ». « Nous parlons bien de régression » , rétorquait Yannick Boireaud.

A l’issue d’un vote à bulletin secret réclamé par Ecoexistons à La Ravoire, les membres délégués proposés ont été élus* et le groupe minoritaire choisissait de quitter l’assemblée « pour protester contre ce positionnement antidémocratique ». « La démocratie a fait que le résultat est ce qu’il est » , conclut le maire. Une remarque de Philippe Pouchain, qui inaugurait ses habits de conseiller municipal auprès d’Ecoexistons, arracha un sourire à l’assemblée, « pour une première, ça aura été bref mais intense ». « C‘est toujours comme ça la première fois » lui répondit Alexandre Gennaro.

* Il s’agit des titulaires suivants : Grégory Basin, en qualité de président, Saïd Serbi, Cécile Rybakowsky et Emilie Médard. En suppléants ont été désignés Karine Poirot, Viviane Coquillaux et Flavie Varraud-Rosset.

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1 commentaire

Buffin-Parry

21/09/2022 à 16:26

Merci pour cet article Jérôme

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