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Savoie Technolac : à la découverte du dispositif Dromotherm, la route qui génère de l’énergie

Par Jérôme Bois • Publié le 06/12/22

C’est une drôle de révolution qui se prépare à Technolac, haut lieu de l’innovation technologique, face à l’Ines : une portion de route sous laquelle de l’eau va être chauffée par le soleil puis stockée de façon à alimenter en chaleur thermique et eau chaude un bâtiment de 20m² simulant une surface de 120m²… C’est le projet Dromotherm, une expérimentation à quelque 400 000 euros appelée à devenir l’avenir de la production d’énergie pour tout bâtiment collectif. Qui aurait cru que l’avenir se cachait sous nos routes ?

Le raccordement symbolique du revêtement au bâtiment témoin avec au centre Marie-Pierre Montoro (Région), Alexandre Cuert (Cerema) et Benoît Stutz (USMB).

L’expérimentation Dromotherm est bien dans l’air du temps : à l’heure du réchauffement climatique que l’on qualifiera d’inéluctable, cette route récupératrice d’énergie est une heureuse nouvelle en soi car elle tire profit de l’énergie solaire pour produire et stocker de l’énergie thermique renouvelable. Parce que « la route peut être autre chose que cet endroit sur lequel nous circulons » , souriait Thomas Attia, ingénieur en recherche et innovation à Eiffage Route, partenaire du projet.

Mardi 6 décembre, était symboliquement raccordé le revêtement Dromotherm à un bâtiment témoin de 20m² non isolé permettant de simuler les besoins énergétiques d’un espace de 120m², à Technolac, sur la commune de La Motte-Servolex, d’où la présence de Luc Berthoud, qui a mis les services techniques de sa ville à disposition du projet ainsi qu’une enveloppe financière de 10 000 euros.

Energie propre et lutte contre les îlots de chaleur

Le Dromotherm se présente sous la forme d’un enrobé poreux de couleur noire (pour attirer la chaleur) d’une surface de 30m² sous laquelle est captée de l’eau d’infiltration ou provenant d’un caniveau à proximité. Emprisonnée dans un enrobé drainant au-dessus d’une couche étanche, cette eau va chauffer sous l’effet du soleil avant d’être transférée vers un stockage de chaleur de 45m3 composée de sable et de gravier saturés en eau, implantée sous le bâtiment. Cette eau sera ensuite utilisée pour les besoins énergétiques dudit bâtiment via une pompe à chaleur. Le transfert s’effectue avec un minimum de déperdition. « Ce processus intervient dans le cadre d’une problématique de stockage inter-saisonnier, résume Benoît Stutz, enseignant à l’Université de Savoie Mont-Blanc, au Locie, plus précisément (ou laboratoire procédés énergie bâtiment), partenaire du projet, parce qu’il faut stocker la chaleur de l’été à l’hiver. C’est pourquoi on s’oriente à l’avenir sur du petit collectif car il faut dimensionner le stockage à cause des pertes relatives d’énergie dans le transfert ».

Imaginez une énergie produite grâce au soleil l’été, consommée l’hiver en fonction des besoins, une énergie 100% naturelle, renouvelable… Imaginez maintenant qu’un essai à taille réelle sera réalisé d’ici un ou deux ans… « C’est rapide » , se réjouissait le maire motterain. « En gros, la surface de route nécessaire doit être équivalente à la taille du bâtiment » , insistait Benoît Stutz. Bien sûr, le dispositif est adapté aux variations saisonnières : ainsi, le revêtement Dromotherm, en captant l’énergie permettant de produire l’eau chaude stockée, abaisse la température de la chaussée de 5°, d’où un bénéfice important dans la lutte contre les îlots de chaleur en milieu urbain.

Cet ambitieux projet a été mené par le laboratoire Locie, le Cerema, l’Institut Pascal, Eiffage Route et Elydan, avec le soutien de Chambéry-Grand Lac économie et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Son financement a été porté par la région à hauteur de 200 000 euros, et la ville de La Motte-Servolex (10 000 euros). Les autres partenaires ont abondé d’autant (sous la forme de salaires principalement) pour un coût total estimé à 400 000 euros environ. « Chambéry Grand-Lac économie (CGLE) nous a fourni le terrain adapté pour le test en condition réelle » , concluait Benoît Stutz. Et dans quelques mois, on en saura plus sur ce jeune dispositif qui a déjà tout d’un grand.

 

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