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Saint-Baldoph : Hugo and Co, une compagnie de théâtre « pour la vie »

Par Laura Campisano • Publié le 13/03/23

Un hymne à la vie : voilà ce que propose cette toute jeune compagnie théâtrale arrivée en début d’année dans le paysage chambérien. Hugo and Co, créée pour porter sur scène le vécu de Hugues Van Wynsberghe, et son insatiable amour de la vie au-delà des épreuves, est l’œuvre d’une artiste locale multiple, Magali Thiboud. Découverte du passionnant projet de deux… passionnés.

L’amour guérit de tout, dit l’adage. Et dans le cas de Hugues Van Wynsberghe, ces mots vont bien au-delà de l’aphorisme. C’est de cet entrepreneur savoyard que part l’idée de raconter l’histoire qu’il a vécue, de transmettre l’espoir qui ne l’a jamais quitté, en bref son « itinéraire d’un enfant greffé ». Frappé par une maladie rénale congénitale, il a subi deux greffes, l’une en 1990 et l’autre en 2008. Mais qu’on ne s’y trompe pas, pour Hugues, hors de question de sombrer dans la tristesse et la déprime. Raconter son histoire oui, mais à sa manière. Et à 59 ans, l’homme qu’il est devenu a eu la chance de trouver sur son chemin une artiste multiple pour créer la compagnie et la pièce sur mesure, sa compagne, Magali Thiboud.

Une création originale et unique à quatre mains

Créée officiellement le 17 janvier 2023, la compagnie Hugo and Co. a obtenu sa licence le 6 mars dernier, tandis que Magali Thiboud s’affairait aux accessoires et s’apprête à entamer les répétitions. Intermittente du spectacle, elle a foulé scène, parquet et planches depuis l’âge de 6 ans et demi, au-delà de la peinture qui est pourtant au cœur de ses activités artistiques. C’est donc sur un socle solide que s’est bâtie cette création originale, créée et façonnée sur le vécu de Hugues Van Wynsberghe. Quand on le rencontre, rien ne laisse paraître que derrière ces yeux rieurs et ce tempérament jovial se cache en fait une épopée, car c’en est une, faite de greffon perdu et de dialyse, avant une seconde greffe en 2008. Rien, car Hugues n’a jamais baissé les bras et s’est échiné à toujours travailler, à mener sa barque et sa vie comme il l’entendait.

Engagé et mobilisé pour sensibiliser le grand public, jeune ou moins jeune, au don d’organes et à l’importance d’indiquer à l’avance si oui, ou non, on souhaite être donneur quand le moment sera venu, Hugues Van Wynsberghe intervient lors de conférences au sein d’établissements scolaires avec la Fédération ADOT 73, antenne locale de France ADOT, association du don d’organes et de tissus. L’idée ? Montrer que la vie est belle, qu’elle vaut la peine d’être vécue et surtout, que le don d’organe peut permettre à de nombreuses personnes de poursuivre, de continuer à vivre. C’est le sens de la pièce, qui retrace le parcours vécu par Hugues, car quoi de mieux que le spectacle vivant pour parler de la vie ? « Hugues a toujours eu envie de partager son histoire et après avoir pensé à un livre ou encore un reportage, on s’est dit ‘pourquoi pas une pièce de théâtre »? « sourit Magali Thiboud. Alors elle s’est mise à écrire, en se basant à 90% sur la vie de son compagnon mais aussi en interrogeant d’autres personnes ayant un parcours similaire.  » Cela donne un seule-en-scène d’une durée de 55 minutes, comprenant une petite partie de mime, et une petite partie dansée, qui se termine par une chanson avant que Hugues ne prenne la parole pour un échange avec le public. C’est une aventure vraiment incroyable, il revit son histoire avec de la distance mais c’est très émouvant «, explique celle qui sera sur scène pour incarner le personnage de Hugo.

L’art au soutien d’une cause juste

Hugues Van Wynsberghe et Magali Thiboud

Il faut dire que tout le parcours de Magali Thiboud reflète son engagement, car tel un fil rouge l’artiste met son talent artistique à disposition de causes justes, qu’il s’agisse de ses peintures ou de ses créations. Sans doute cela trouve-t-il son origine dans son propre vécu, « je dois la vie à tout un tas de circonstances dont une transfusion sanguine, se remémore-t-elle, malheureusement je ne peux pas donner mon sang, c’est pourquoi je souhaite rendre à mon tour ce que j’ai reçu. Je déteste l’injustice et j’essaie à mon échelle de faire avancer de grandes causes. Il est vrai que parmi les thèmes qui me sont chers on retrouve la protection de l’enfance et la santé, mais aussi la protection de l’environnement, dans mes créations il y a toujours au moins trois niveaux de lecture. » 

C’est la raison pour laquelle elle n’a pas hésité une fois de plus à se mettre à l’œuvre, pour créer la pièce sur-mesure qui permettra sans doute de sensibiliser le public à cette idée cruciale : le don de soi, la beauté de la vie, par le biais de l’histoire de Hugues Van Wynsberghe. « Le défi sera de faire comprendre au public qu’il ne s’agit pas d’une pièce médicale, insiste Magali Thiboud, ce n’est ni triste ni pathos, l’argument est vraiment le rapport à la vie, même si elle est dure, et comment par le biais du don d’organes on peut la continuer. On le voit souvent, les gens greffés sont encore plus vivants que les autres » s’enthousiasme l’artiste.

L’objectif de cette toute jeune compagnie est donc, si possible, de jouer la première le 22 juin prochain, date symbolique de la journée du don d’organes, sans doute à Saint-Baldoph ou même à Apremont. En parallèle, une bande dessinée est en projet avec des planches mettant en parallèle les à-priori sur le don d’organes et la réalité, en allant à la rencontre de malades, de soignants, de donneurs et de familles. Car si depuis un décret de 2017, nous sommes tous présumés donneurs en France sauf si l’on s’inscrit au registre national des refus, « parfois la famille ignore la volonté du patient, et quand l’infirmière pose la question on ne sait pas comment faire, reprend Magali, tant que cela n’est pas expressément exprimé on peut passer à côté de greffes qui pourraient sauver des gens. Je voudrais que ma création soit utile, insiste-t-elle, je porte cela depuis petite, quand je voulais réparer les enfants cassés. Aujourd’hui, à ma manière j’essaie de sensibiliser, d’aider, d’informer. » 

Soutenus par l’ADOT 73*, laquelle est très liée à l’Association Grégory-Lemarchal, Hugues Van Wynsberghe et Magali Thiboud vont prochainement présenter leur projet au congrès des maires de Savoie et travaillent activement à la pose de panneaux « Villes ambassadrice du don d’organes », comme cela a été le cas récemment à La Motte-Servolex. D’ici là, les répétitions de la pièce vont démarrer, afin d’être prêts le jour J et prochainement, comme ils l’espèrent, sur plusieurs dates dans l’année pour poursuivre ce travail de sensibilisation, d’art, d’amour, en faveur de la vie.

* L’Adot 73 fait partie du collectif Greffe +, regroupant environ 400 associations sur tout le territoire français œuvrant en faveur du don d’organes

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