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La Gazette du Festival : Marie-Line et son juge, l’effet Ameris

Par Laura Campisano • Publié le 07/06/23

Le premier jour de cette deuxième édition du Festival du cinéma français et de la gastronomie d’Aix-les-Bains a révélé ses premiers moments d’exception. L’ouverture du festival avec une pléiade d’artistes sur scène, pour un show mémorable que seuls ce genre de festivals peut faire vivre à ses participants, et la projection en avant-première de « Sans t’y mettre » de et en présence de Raphaël Duléry, et de « Marie-Line et son juge » de Jean-Pierre Améris, suivie d’une standing ovation dans le théâtre du Casino grand cercle. Bon démarrage.

Non, il ne rentre pas dans la salle du théâtre du Casino Grand Cercle. Il a beau mesurer plus d’un mètre 90, Jean-Pierre Améris n’en demeure pas moins superstitieux, presque vulnérable en attendant pour la première fois, l’avis du public sur son dernier long-métrage, « Marie-Line et son juge ». Touché par les premiers avis élogieux que l’on peut lui apporter, mais fébrile durant les quelques minutes qui le séparent du générique de fin. La clameur, les applaudissements, franchissent les portes et atteignent le hall art-déco de la salle de ce théâtre à l’italienne revisité en salle de cinéma pour la durée du festival. Et ces applaudissements, Marie-Line et son juge les méritent. Vraiment.

Sortir de sa zone de confort et lentement fendre l’armure

Copyright Caroline Bottaro pour Allo Ciné

Marie-Line, cheveux roses, mini-jupe destroy et Doc Martens à fleurs, est jouée avec une justesse confondante par Louane Emera, qui continue sur sa lancée cinématographique avec brio. Elle a 20 ans, s’occupe de son père dépressif après un accident du travail, et pour gagner sa vie, elle sert des cafés en chantonnant dans un bar du Havre. Elle sert aussi du whisky japonais à un monsieur grincheux et impatient, et à un jeune homme timide et séduisant qui vient régulièrement avec ses amis… On commence à voir se dessiner le décor, mais ne nous méprenons pas : c’est loin d’être évident ou téléphoné. Les personnages sont ciselés et interprétés à l’émotion près. Michel Blanc, juge d’apparence piquant, dur, intransigeant, va petit à petit fendre l’armure. Au contact de Marie-Line, il va s’adoucir, accepter de voir les choses avec un peu moins de dureté, même si on comprend que rien ne lui a été épargné. De manière symétrique, Marie-Line va faire tomber ses préjugés, et accepter d’aller au-delà de sa zone de confort, de la facilité apparente dans laquelle elle se complait. Mais on n’a pas encore atteint le nœud de cette intrigue en disant cela.

Parlons d’amour, par exemple. Faut-il obligatoirement avoir des centres d’intérêts communs pour s’aimer ? Doit-on rester tel que l’on est coûte que coûte ou accepter peut-être de s’ouvrir à l’autre ? Est-ce vraiment l’amour qui peut conduire à la haine, à la violence, à la comparution immédiate ou bien est-ce notre partie blessée et rejetée qui s’exprime ? Autant de questions qui surgissent à mesure que les personnages évoluent à l’écran. En acceptant le pas de côté que la vie va lui imposer, en acceptant de faire tomber ses croyances et de dépasser ses limites, tout son entourage va devoir lui emboîter le pas.

Juger ou ne pas juger ? Telle est l’introspection

Copyright Caroline Bottaro pour Allociné

Tout comme le fait le film, car si l’on se contente de regarder le synopsis en préjugeant qu’il s’agit d’une comédie sympathique et gentille on passe totalement à côté du sujet du film. Jean-Pierre Améris a su dépeindre avec justesse les émotions contrastées, les liens entre les humains, ce qui se cache derrière chacun de nos masques sociaux. Les protections que l’on dresse pour éviter de souffrir et combien il est facile de juger. Parce que c’est bien de cela dont on parle : juger aux apparences, juger des comportements, que l’on porte l’hermine ou non, que l’on soit magistrat ou pas. Qui peut juger ? Qui le fait sans tenir compte de tous les paramètres humains, sociaux …sans d’abord s’auto-critiquer, s’auto-analyser ? Ne le faisons-nous pas tous ?

Et puis bien sûr, il y a la famille : famille dysfonctionnelle, famille qui ne marche que sur une jambe, comme l’excellent Philippe Rebbot, qui joue parfaitement le rôle du père accidenté et dépressif, capable de ne pas bouger de son canapé durant des jours et de faire culpabiliser ses filles qui poussent telles des herbes folles, comme elles peuvent. Cette sœur idéalisée mais loin d’être idéale, à laquelle croit comme au petit Jésus Marie-Line, sans repères ou presque dans ce monde en mouvement. Il y a cette condition sociale à laquelle on se croit fatalement reliée, alors qu’en réalité, quel que soit le personnage, quelle que soit sa condition, les démons frappent aux portes et sont toujours à l’heure.

Jean-Pierre Améris sur le tapis rouge du Festival du Cinéma Français et de la gastronomie d’Aix-les-Bains

Enfin, notons le talent de Victor Belmondo, en parlant de famille. Oui, c’est le petit-fils de Jean-Paul, non, il n’est pas à l’écran pour cela. Il y est car c’est là qu’est sa place et Jean-Pierre Améris l’a choisi pour son talent, son humilité, comme il nous le confiait dans ce hall de théâtre. Juste, jamais dans l’excès, Victor Belmondo donne à son personnage toute la fragilité, la maladresse, la finesse et la lâcheté d’un jeune étudiant en cinéma qui rêve de Paris mais ne quitte pas son petit confort. Son personnage aussi se dépasse en franchissant la ligne, lui aussi accepte de grandir un peu.

En conclusion, ce film vaut la peine d’être vu ne serait-ce que pour la palette d’émotions qu’il nous permet d’explorer, émouvant, drôle, profond, il laisse en chacun de nous des questions ouvertes et nous permet, si on s’en donne la peine, de chercher les réponses. En partant du premier dîner au Salon Victoria, presque sur la pointe des pieds, Jean-Pierre Améris affichait un sourire heureux, rattrapé par le tonnerre d’applaudissements d’invités triés sur le volet qui n’allaient certainement pas le laisser partir sans lui dire merci. Et reconnaissons que deux standing ovation le même soir, pour un même film, on ne voit pas ça tous les jours.

Le film « Marie-Line et son juge » sortira en salles le 11 octobre 2023

Avec Michel Blanc, Louane Eméra, Philippe Rebbot, Victor Belmondo

De Jean-Pierre Améris
Par Jean-Pierre Améris et Marion Michau

Tous les commentaires

2 commentaires

Sophie

24/08/2023 à 21:45

Superbe papier et excellente critique. Très très belle surprise avec des acteurs tous magnifiques et juste. Louane superbe.
Bravo

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Sophie

24/08/2023 à 21:46

Superbe papier et excellente critique. Très très belle surprise avec des acteurs tous magnifiques et justes. Louane superbe.
Bravo

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