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Alexandre Gennaro : « Faire croire que l’on peut garder un collège au centre-ville est regrettable »

Par Jérôme Bois • Publié le 02/02/23

Tandis qu’une pétition pour maintenir un collège en centre-ville continue de tourner sur la ville, alors que le déménagement du collège Edmond-Rostand comme la densification du centre-ville sont sur toutes les lèvres, le maire de La Ravoire rappelle avec fermeté que toute autre option n’est plus envisageable. Le collège ira aux Massettes, condition sine qua non pour réduire la densité en hypercentre. Ce que souhaitaient les Ravoiriens, excédés par plus de 10 ans de travaux et de constructions.

Depuis la réunion publique du 24 janvier organisée par l’association Ecoexistons La Ravoire, sur l’avenir du collège Edmond-Rostand, les choses se sont accélérées : la pétition lancée par le collectif pour une urbanisation maîtrisée (Cpum)* progresse au gré des rencontres en porte-à-porte, les Ravoiriens ont pris conscience de l’enjeu, considérable pour le devenir à moyen terme du centre-ville et surtout, une entrevue entre une délégation du Cpum et le maire, Alexandre Gennaro devait avoir lieu le 27 janvier.

« J’étais le seul candidat à proposer un déménagement du collège »

Et les choses ne se sont pas passées comme l’auraient souhaité les membres du collectif, à en juger par la teneur du communiqué diffusé en début de semaine. « Difficile de s’entendre et de se comprendre quand le postulat de départ à toute discussion urbanisme et /ou implantation de collège n’est pas le même, ou quand la légitimité d’un collectif ainsi que la forme et l’honnêteté d’une pétition sont remises en question à priori. La municipalité s’en est donc tenue à exposer les nouvelles perspectives sur la commune à partir d’une situation antérieure imposée par un contrat ZAC et à la pénalité financière qui serait due à la SAS** si le projet de construction de nouveaux logements sur le terrain de rugby n’était pas mené à terme ; elle dit n’avoir d’autre choix. Comment construire un collège en centre-ville et abaisser la densité de logements ? Le dilemme semble sans réponse possible pour la municipalité. On nous oppose une urbanisation forcée contraire à l’intérêt des familles de La Ravoire, aux enfants et aux valeurs qui garantissent la cohésion sociale ».

Le collège, bon gros quinqua et gavé d’amiante, devait d’abord être rénové. Sauf que trois ans de travaux sur site, pendant les cours, ne paraissaient pas imaginables pour Alexandre Gennaro. Lui, lors de sa candidature au conseil départemental au printemps 2021, avait milité pour une reconstruction de l’établissement sur le terrain de rugby (propriété de la SAS) lui faisant face, « j’ai d’ailleurs été le seul candidat à proposer un déménagement plutôt qu’une rénovation ». Sauf que l’enquête portant sur l’urbanisation de la ville lancée à partir de 2021 a peu à peu fait émerger une nette tendance, les Ravoiriens veulent moins de constructions, moins de densité, après une dizaine d’années de travaux. « Ils ne sont pas prêts à plus de densité, ce qui arrivera si l’on maintient le collège en centre-ville. Ma proposition n’était pas la meilleure, reconnait l’édile. En outre, le Département a voulu augmenter la capacité du collège (en intégrant les élèves de Challes, de Saint-Jeoire en plus de ceux de Saint-Baldoph, afin de désengorger le collège Jean-Mermoz de Barby, NDLR). Les choses ont changé ».

Cependant, les 46 000m² restant à construire dans le cadre de la Zac Valmar s’imposent comme une (grosse) épine dans le pied de la commune, à laquelle la question du collège est venue s’ajouter. « On a étudié pendant deux ans sur la question de comment déroger à cette obligation. Il s’avère que nous n’avons pas le choix ». Les 11 millions d’euros brandis par le maire lors des vœux ne représentent pas une pénalité, comme le souligne le communiqué du Cpum, dont il faudra s’acquitter en cas d’arrêt des travaux mais bien le déficit de l’opération, à mi chemin de sa pleine conclusion. « Toute l’opération est à – 11 millions aujourd’hui, soit 1,3 fois la dette de la commune » , autant dire que les marges de manœuvres sont réduites à peau de chagrin.

« Ce collectif colporte de fausses informations »

Au milieu de cette foire aux m² se tient le tènement du collège de 14 900m², susceptible d’accueillir pour 20 000m² de logements « en plus des 46 000 restants » , insiste Alexandre Gennaro, si le Département venait à le céder à des promoteurs. D’où la nécessité de bien négocier avec le CD 73. « En construisant aux Massettes, on peut récupèrer le foncier du centre-ville, en accord avec le Département, pour mieux répartir les 46 000m² restants, en espaçant, en incluant des espaces verts… Je voulais, à l’origine, faire des Massettes un terrain de sport ou une réserve foncière mais je crois qu’il s’agit de la meilleure des choses. Nous voulons baisser la densité et grâce à cette possibilité, le nombre de m² à construire diminuerait de 25%. Aussi, faire croire que l’on peut garder un collège au centre, c’est regrettable.

Valmar avec le collège et le terrain de rugby.

Le Cpum, malgré sa connaissance du dossier, nourrit chez les Ravoiriens de faux espoirs, colporte de fausses informations. Logiquement, la reconstruction du collège aux Massettes arrange tout le monde et ce collectif fait croire à une autre option qui est aujourd’hui impossible. Nous sommes dans un faux débat alimenté par ce collectif« . Il persiste, » aucun de leurs arguments n’est fondé. Ils font preuve de malhonnêteté intellectuelle et ce n’est pas comme cela que l’on mène une discussion. Tout est fait pour diaboliser«.

Il faudra à ce nouvel établissement un terrain extérieur, un nouveau gymnase et tous les équipements nécessaires puisqu’une mutualisation avec les équipements du lycée du Granier semble impossible. Quant à l’actuel gymnase du centre, « on le rénovera dès qu’on pourra. Il date de 1970 et aujourd’hui, il n’y a plus de créneaux de sport en intérieur disponibles pour les scolaires ». Un nouveau gymnase permettrait de dégager des créneaux et de fournir des solutions pour les associations en temps extra-scolaire. Et selon toute vraisemblance, le foncier du terrain de rugby n’aurait pas pu recevoir collège et équipements.

« Il y aura forcément des inconvénients, concède le maire, mais je ne peux pas faire un collège neuf plus ses équipements en centre-ville, avec les logements à construire tout en améliorant la qualité de vie des Ravoiriens***. Je le leur ai dit. Le collectif ne peut pas aller faire du porte-à-porte sans donner aux gens toutes les infos. Et puis il faut le rappeler, dans cette affaire, je n’ai aucun pouvoir. J’ai seulement proposé du foncier car la priorité absolue, c’est de conserver le collège à La Ravoire. La mairie n’a pas grand chose à dire, finalement, dans un tel dossier ». L’étude lancée par le CD 73 en juin dernier suit son cours, « et on espère que pour le 3e ou 4e trimestre, on pourra faire une première présentation du projet, montrer des esquisses, évoquer les impacts sur la circulation, etc. Ma seule crainte, c’est que cette étude montre que rien de tout cela ne sera possible mais normalement non ».

Fin du débat ? « C’est un non sujet » , conclut le maire.

* Le collectif estime qu’il faut déménager le collège sur le terrain de rugby qui lui fait face. Il appuie cette position sur six critères : étude des trajets, intérêt pédagogique, sécurité physique et morale des élèves, aspect économique pour les familles, pour les pouvoirs publics et impact sur l’urbanisme de la ville.

 

** La Société d’Aménagement de la Savoie, société d’économie mixte, dont le capital est principalement porté par les collectivités locales.

 

*** L’urbanisme est l’un des aspects devant faire de La Ravoire « une ville bienveillante » , selon l’expression du maire lors des vœux, le 17 janvier.

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2 commentaires

BLANC G

02/02/2023 à 23:55

"Et puis il faut le rappeler, dans cette affaire, je n’ai aucun pouvoir... La mairie n’a pas grand chose à dire, finalement, dans un tel dossier ». Vraiment ? Rappelons juste que le maire de La Ravoire est aussi notamment le ... conseiller départemental du canton, cumul oblige. Et aussi que ce dossier de collège "cantonal" (hors Barberaz) ne concerne pas que La Ravoire, comme l'ont rappelé avec un agacement légitime des élu.es de St Baldoph et Challes lors du débat organisé par l'association Eco-Existons le 24 janvier. Etrange et dommage d'ailleurs qu'aucun.e élu.e de La Ravoire n'ait jugé utile d'y participer. Vive la démocratie participative !

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Frédéric Bret

05/02/2023 à 10:29

Croire que le déplacement du collège garantie la baisse de la densité peut être vrai à l’échelle du périmètre de la ZAC puisque construire sur le foncier du collège élargit la surface disponible et peu de facto diluer la densité.
Mais le véritable enjeu est davantage celui du nombre de logements (typologie et surface notamment) que celui des m² avec pour conséquence le nombre de stationnements.
Par ailleurs, le débat des m² restant à construire est également stérile, puisque l’enjeu est le bilan financier de la ZAC. En clair, avec la flambée des prix du foncier, le m² construit vaut largement plus que celui négocié en 2010 (signature de la ZAC) valorisé en m² à construire. : Donc 1 m² vendu plus cher permet de construire moins pour atteindre l’équilibre financier.
La SAS a étudié dès 2012 la reconstruction totale du collège avec le luxe de pouvoir le faire en site occupé. Refuser de prendre en compte cette possibilité, c’est faire injure aux professionnels du bâtiments capable de construire durablement (bois ou agrégats locaux) sans risque pour le maintien du collège en activité avec naturellement son gymnase et dojo à proximité.
Et quitte, à libérer du foncier pour réellement baisser le nombre de logements au centre ville, pourquoi ne pas se diriger vers les Massettes, le secteur Médipôle présente aussi de nombreux arguments….
En définitive, il y a peut-être des approximations sur ce dossier mais la véritable fausse information est d'affirmer que la seule option soit un collège neuf aux Massettes.

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