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Chambéry : Aurélie Le Meur, l’inévitable mise en retrait

Par Jérôme Bois • Publié le 12/07/23

Comme attendu depuis plusieurs semaines, Aurélie le Meur, première adjointe en binôme avec le maire Thierry Repentin depuis l’élection de 2020, quitte donc ses fonctions pour redevenir conseillère municipale en charge des relations internationales. Les raisons évoquées par l’ex 1re adjointe ne sont sans doute pas seulement seulement celles exprimées lundi soir, lors de la dernière séance du conseil municipal. Sa personnalité, les rapports de plus en plus distendus entre le Mouvement citoyen – dont elle était la tête – et l’équipe du maire puis les dissensions internes au sein même du mouvement ont rendu ce départ inéluctable.

Un binôme (ici en juin 2020) qui a tenu trois ans.

Elle avait germé voici deux mois, la rumeur est devenue concrète, la première adjointe a choisi de passer la main (à Martin Noblecourt, passé de 2e à 1er adjoint) et le binôme Repentin – Le Meur, vanté depuis ses débuts en juillet 2020, a vécu. Lundi 10 juillet, en toute fin de conseil municipal, Aurélie Le Meur a officialisé ce qui perçait depuis mai : elle se déleste de ses habits d’adjointe pour redevenir conseillère municipale. Exit ses délégations aux ressources humaines, à la communication, à la jeunesse et à l’enseignement supérieur et de la vie étudiante, elle ne s’attèlera désormais qu’à entretenir les relations internationales, tout en conservant ses attributions communautaires (chargée de la transition écologique et du développement durable). « J’ai adressé ma démission au Préfet, a-t-elle annoncé, il s’agit d’une décision prise avec responsabilité. Ce mandat nécessite beaucoup de disponibilité et d’énergie, j’ai toujours continué à me remettre en question. Le faire à mi-mandat est le bon moment afin de laisser ma place à de nouvelles énergies ». Les raisons évoquées, les trois premières années difficiles, avec la crise Covid d’entrée de jeu, la guerre, les joutes politiques sur des sujets encore fumants hérités de la mandature précédente (Ravet, le stade…) et aussi « la raison d’être du mouvement citoyen, sa marque de fabrique » , à savoir le passage de relais et le turn over afin d’éviter l’embourgeoisement. Une prise de parole ponctuée de quelques applaudissements. Thierry Repentin saluait « le travail effectué depuis trois ans ». « On a construit cette majorité plurielle et un programme commun. Elu local, c’est le mandat le plus exigeant. L’exercice 2020/2026 est pour le moment une expérience que je n’avais jamais vécue, et pourtant, j’avais fait quelques autres mandats auparavant. C’est un don de soi, il est très important de veiller à l’équilibre entre vie politique et vie familiale ». Seulement, et afin de se prémunir de toute attaque sur une prétendue relation distendue avec son ex 1re adjointe, il prit soin de fustiger « les réseaux sociaux » et « les esprits chagrins, tordus, qui échafaudent des schémas et des frustrations pour eux-mêmes ». Martin Noblecourt, 2e adjoint, progresse ainsi d’un rang pour s’asseoir aux côtés du maire.

« J’incarne la nouveauté »

Depuis le début, le binôme intriguait tant il semblait dépareillé, entre une inconnue de la vie publique et un routier de la politique. Tête de liste du Mouvement citoyen, Aurélie Le Meur avait, au terme de négociations serrées, accepté l’idée du binôme avec le poste de maire attribué à Thierry Repentin. Elle détonnait et affichait, à l’été 2020, une certaine assurance alors même qu’elle était (déjà) la cible de nombreuses critiques, quelques semaines seulement après son entrée en piste : « Je suis peut-être la cible parce que j’étais de l’alliance qui les a fait perdre, lance-t-elle à l’intention de ses adversaires politiques, j’incarne la nouveauté, ‘Chambé citoyenne’ a tout fait basculer. Sans nous, Michel Dantin l’emportait ». Le mouvement citoyen et son émanation, ‘Chambé citoyenne : écologique et solidaire’ avaient, grâce à la fusion de listes avec ‘Chambéry en commun’, fait basculer le scrutin alors que la liste menée par l’ancien maire caracolait en tête à l’issue du premier tour. De quoi donner le vertige. « Je n’ai pas pensé du tout que je serais là aujourd’hui, je ne l’avais pas projeté, expliquait-elle, après l’élection victorieuse fin juin 2020, j’ai travaillé avec une équipe dans l’association ‘Dynamique citoyenne’ durant 3 ans, à rechercher et trouver des solutions pour améliorer les choses en matière de développement durable, à sonder et écouter les habitants. Ce n’est qu’à l’issue du 1er tour que j’ai réalisé que ce que nous faisions pesait dans la balance électorale. Ensuite il y a eu le confinement, où j’ai eu, de fait, le temps d’atterrir. C’est une succession d’événements qui m’a conduit où je suis, mais je me sens confiante, la bonne personne au bon endroit, soutenue, pleine de ressources et d’ambition ». Un positivisme à toute épreuve, un discours débordant d’ambition.

Les « anti-système » aux côtés des traditionnalistes politiques

L’alliance a tenu trois ans : « Nous étions la surprise, l’équipe de Thierry Repentin s’attendait à plus ». Plus loin, elle ajoutait : « Ce n’était pas une union classique car elle s’est construite sur du 50 – 50. D’ordinaire, l’un absorbe l’autre et l’absorbé peut vite se faire balader. Nous avons clairement besoin l’un de l’autre, d’où le binôme que nous avons imaginé ». Atypique dans le milieu si policé de la politique locale, Aurélie Le Meur détonne par ses prises de position : « Je n’aurais pas aimé que ‘Chambéry citoyenne’ ait 35 élus au conseil, c’est trop dangereux. La démocratie a besoin d’équilibres, aujourd’hui, nous avons trois blocs distincts, de 10 membres (la minorité), de 17 (Chambéry en commun) et de 18 (Chambéry citoyenne), nous trouvons cela plus juste. Pour aboutir à ce que l’on veut, il nous faudra être d’accord, il y aura donc du débat ». Le fait de ne pas parler en termes de bloc équipe mais de groupes distincts était un signal.

L’attelage posait question et Michel Bouvard résumait assez bien, cet été là, les données du problème : « Il y a le sujet de la perception des électeurs : ceux qui côtoient ‘Chambéry Citoyenne’ sont un peu, pour schématiser, antisystème, opposés à un certain modèle d’action municipale. Quelle va être leur réaction alors que leur tête de liste est une émanation du système politique traditionnel ? » On ne tardera pas à le découvrir (lire ci-après).

A l’agglomération, elle postula d’emblée et contre toute attente à la présidence face à Philippe Gamen, une position assez éloignée des concepts portés par ‘Chambé citoyenne’, à savoir le non-cumul et le fonctionnement collégial et non vertical. Il était écrit, dans le programme de ‘Chambé citoyenne’ que le poste de maire ne pourrait s’accompagner de celui de président d’agglo. Mais celui de vice-maire se serait-il accordé avec la présidence communautaire ? Malgré la défaite, elle obtint la 1re vice-présidence. « Nous estimions qu’il était pertinent d’avoir des gens assez haut dans l’exécutif à plusieurs endroits » se défendra-t-elle, soutenant que la décision avait été prise en interne, en parfaite transparence. A double casquette double indemnité, elle disposera d’une enveloppe, à la ville, supérieure à celle des autres adjoints, « compétences élargies » obligent. « Sincèrement, si en termes de cumul je me limite à cette double casquette, ça va » , confia-t-elle. Elle tiendra bon, en dépit des critiques, et malgré une position ferme sur le parking Ravet, qu’elle et le Mouvement citoyen rejetaient en bloc. Entre ‘Chambé citoyenne’ et Thierry Repentin, des désaccords sont d’ailleurs apparus au fil du temps, de Ravet au Lyon – Turin (‘Chambé citoyenne’ ne l’évoquait pas dans son programme contrairement à ‘Chambéry en commun’ qui le soutenait ouvertement), jusqu’à savoir qui soutenir lors de l’élection présidentielle 2022, débat qui engendra une étonnante bataille de communiqués.

Ruptures avec la base

En 2021, les candidats aux départementales du Mouvement citoyen s’étaient littéralement pris les pieds dans le tapis face à la majorité du président Gaymard un an plus tard, on vit apparaître les premiers signes de défiance provenant de la base militante. Car pour beaucoup, la fusion de 2020 avait été mal vécue, obligeant ‘Chambé citoyenne’ « à renier ses valeurs » , dira l’une des membres du mouvement. Pis, « il s’agissait du meilleur moyen de se faire bouffer ». « Ça s’est fait en secret avec un groupe restreint, sans vote préalable, on a tous été mis devant le fait accompli » , reprenait un autre membre. Las, au final, ils pleuraient l’absence de communication avec la base, le fonctionnement horizontal et participatif avait insuffisamment existé, certains estimant même que leur place « était dans l’opposition. Nous avons juste servi de strapontin à Thierry Repentin pour qu’il obtienne le poste de maire ». Des dissensions contestées ou tout du moins atténuées par les décideurs du mouvement. Pourtant, en avril 2022, Salomé dressait ce constat, accablant : « Depuis 2 ans, nous faisons le constat qu’il y a un manque cruel de communication. Nous avons très peu d’informations de la part des élus citoyens. De leurs actions, de leurs projets. Qu’il y a des cumuls de mandats qui n’étaient vraiment pas prévus. Une adjointe ne devait pas être vice-présidente, et une vice-présidente ne devait pas être présidente d’une autre structure. Ceci afin d’avoir des personnes disponibles pour leurs mandats. Qu’il y a un manque de transparence. Des choix sont faits et pris par les élus et nous n’avons aucun retour, aucune justification sur cela auprès de la population. Que l’observatoire de la démocratie promis n’est toujours pas mis en place. Nous n’avons aucune garantie que la démocratie au sein de l’équipe municipale soit respectée ni de la bonne tenue des procédés démocratiques lors des prises de décisions. Que nous n’avons eu aucune explication sur les dissensions internes et une mise à l’écart par les élus citoyens alors que la présence de citoyens tirés au sort venant des quartiers populaires était un marqueur important de notre volonté de mixité sociale dans cette équipe. Qu’il y a beaucoup de verticalité dans le leadership où nous voulions de l’horizontalité. Où sont passés les autres élus citoyens ? »

« On n’incarne pas le changement sans se faire des ennemis » , écrivions-nous à son propos, en août 2020. L’ascension d’une jeune élue partie dans l’anonymat le plus total s’est accompagnée des critiques les plus acerbes et souvent indignes, venant du camp d’en face, des réseaux sociaux mais aussi de l’intérieur. Ces ruptures entre la base et le sommet de la pyramide, celles au sein du groupe majoritaire, où les inimitiés entre élus existent, sans parler des grands sujets, ont fini par avoir raison d’un attelage dont peu de monde voyait la durée de vie s’étirer jusqu’en 2026…

Pierre Brun prend également du recul

Pierre Brun, conseiller municipal délégué aux affaires financières a également voulu se décharger de cette tâche. Il s’en est expliqué lundi soir. « J’ai souhaité être déchargé de ma délégation aux finances mais je garde celle en lien avec la transition énergétique. C’est une décision personnelle. Les conditions d’équilibre entre mes différentes vies qui prévalaient en 2020 ne sont plus réunies aujourd’hui. Puis, le fait d’être conseiller délégué m’a posé un problème de fonctionnement, je le dis en toute franchise, si j’avais été dans une autre situation, à savoir adjoint, les conditions auraient été différentes. Aucune autre interprétation ne doit être faite quant à mon engagement dans cette équipe. Je remercie le maire de m’avoir fait confiance en m’accordant cette délégation ». Il a également remercié son prédécesseur, Benoît Perrotton dont il a salué les compétences et les joutes les opposant lors de chaque débat d’orientations budgétaires. « J’ai essayé de rendre ses présentations budgétaires moins arides et moins rebutantes » , une position à laquelle on ne peut qu’abonder tant la clarté et la pédagogie de ses interventions étaient manifestes.

Aloïs Chassot : "Tout le monde connaît les raisons profondes"

Aloïs Chassot n’a pas manqué de lâcher une salve acide à l’heure de commenter cette démission, insistant sur « des conflits visibles depuis le début ». Avec son franc parler et son art consommé de l’exagération : « Vu l’air grave que vous avez tous, j’ai l’impression que cette décision n’a pas été prise de gaieté de cœur. La réalité, c’est que tout le monde en connaît les raisons profondes, votre engagement, vos convictions se sont heurtés à la réalité. Le parallèle avec Annecy est flagrant puisque là aussi, le 1er adjoint (Benjamin Marias, en mars 2023) et l’adjoint aux finances (Christian Petit, en mai 2023) ont démissionné. (Pierre Brun, conseiller municipal en charge des affaires financières a également souhaité se délester de cette délégation, tout en restant au conseil, lire ci-dessus)

A partir de septembre, il n’y aura plus de vice maire, terminés les éditos à deux voix, plus de double parole, vous voilà libéré, seul aux manettes, monsieur le maire. Le jeu de chaises musicales des adjoints ne réglera pas le problème, c’est un problème de fond, de méthode. Cette valse à trois temps que vous avez proposée aux Chambériens depuis trois ans est très simple à comprendre : faire bonne figure sur la base d’une alliance de circonstance, congeler toute initiative et tout projet pour la ville pour éviter tout conflit et donc susciter une déception généralisée des porteurs de projets et des élus. Dont ces démissions en sont le témoignage.

Deux solutions s’offrent à vous : cesser ce consensus impossible en devenant un maire qui arbitre réellement ou recommencer avec le même schéma, en espérant que celui qui sera à vos côtés saura mettre ses convictions de côté. Ne nous y trompons pas, la seule explication à cette double démission est l’impossible gouvernance de cette mairie «.

Tous les commentaires

3 commentaires

DUPRAZ

12/07/2023 à 23:27

Cet article qui reprend l'historique des difficultés (publiques , pas celles internes aux groupes politiques) de cette municipalité , explique la situation catastrophique de notre ville ...
entre amateurisme et "bal des faux-culs" , Les chambériens paient la facture

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Grenzi

13/07/2023 à 16:26

Il en faut du courage pour se remettre en question, pour passer le flambeau avant d'être épuisé, pour ne pas s'accrocher à un titre ou à une position.
3 ans de cette vie politique prenante (aliénante ?), c'est déjà énorme. Bravo à Mme Le Meur et bon courage à Martin Noblecourt pour continuer de faire vivre cette belle municipalité bicéphale !
(municipalité qui continuera de faire râler les vétilleux atrabilaires et qui donnera encore l'occasion à M Chassot de nous faire de belles envolées grotesques qu'il devrait réservé au théâtre !)

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Bret bruno

01/08/2023 à 09:42

Bref dans sa conception de la démocratie on n’explique pas sa démission
Bienvenue au pays des abandonniques
En bon français LÂCHES.
En effet, qu’attend on d’un élu ?
Qu’il explique ses choix
Qu’il cherche des compromis pour faire avancer ses idées
Qu’il ou elle surmonte les difficultés
Qu’il ou elle utilise à bon escient son pouvoir non pour bloquer mais avancer
Il est vrai qu’après la pantalonnade à 10 millions d’Euros de dettes il est comique de voir que cette defenseuse de l’environnement et grande spécialiste autoproclamée de la participation se barre sans avoir rien fait de significatif !
Préférer planter sur 20 comme de terre posée sur le macadam des cours d’école est une des plus réussies escroqueries de son mandat.
Elle aurait pu imposer aux commerces qui vendent des PET (contenants plastiques comme les bouteilles) de les récupérer pour éviter que des personnes tris nos poubelles à longueur de journée et qu’il en brûle 70% ce qui est hyper polluant. Non s’intéresser à ce qui se passe à 82 km ne l’intéresse pas surtout que les voisins suisses recyclent 94% des PET sur leur territoire, non, 26%.
Mais agir c’est trop dur
Travailler c’est trop dur !
Pour finir l’écologiste a des amis bien inspirés :

AUX JOURNÉES D’ÉTÉ DES ÉCOLOGISTES :

MÉDINE est l’invité d’honneur !
Lui qui veut : « crucifier les laïcards comme à Golgotha », et mettre « des fatwas sur la tête des cons ». Médine qui parle des homos comme des « tarlouzes ». Médine qui a voulu chanter Jihad au… Bataclan.
Ce parti politique qui se prétend de gauche se distingue par sa lucidité !

@marinetondelier, il parlera avant ou après Dieudonné

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